PHILIPPE-AUGUSTE, AGNÈS
Ne craignez plus , Madame ; et veuillez , pour un jour, Accepter un asile en votre ancien séjour.
— Qu'ils viennent maintenant ces assassins de femme ! Je suis là.
AGNES. Elle lui prend la main en s' agenouillant.
Monseigneur...
PHILIPPE
Que faites-vous , Madame !
AGNÈS
C'est donc vous , qui deviez me sauver, c'est donc vous ! Ah ! laissez-moi bénir cette main, à genoux !
d74 AGNES DE MERANIE.
PHILIPPE, remettant son épée au fourreau.
N'en parlons pliis , Madame.
AGNÈS
Oh ! si , parlons-en ! — Sire, Vengez-vous ; dites-moi tout ce que Ton peut dire ; Écoutez mes propos , sans vous en soucier ; Mais ne m'empêchez pas de vous remercier.
— Mon vaillant défenseur ! vous qui m'avez sauvée ! A quelle mort , sans vous , étais-je réservée 1 Ah ! Dieu!... je savais bien que je faisais horreur; Je n'imaginais pas pourtant cette fureur.
Saluée , en sortant , d'un sinistre murmure , Au bout de quelques pas , de mille cris d'injure , Puis poussée , assaillie , avançant , reculant , Éperdue , au milieu de ce cercle hurlant Qui , toujours rétréci , m'avait enveloppée , Et que Guillaume en vain coupait de son épée , J'avais fermé les yeux , attendant le trépas ; Quand je les ai rouverts , j'étais entre vos bras. J'ai vu — que vous étiez superbe de colère î — S'arrêter tout à coup le torrent populaire ; Entre la foule et moi , j'ai vu , comme un éclair , Descendre et remonter par trois fois votre fer ; Et la place était libre ; et , prompte à disparaître , La foule s'écoulait sous le regard du maître. C'était peu d'une armée ; il a suffi du Roi.
Vous seul le pouviez faire , et l'avez fait pour moi !
PHILIPPE
mon aveugle instinct , comme je te rends grâces 1