SIEYÈS, MADAME ROLAND, VERGNIAUD
BARBAROUX, DEUX GIRONDINS , assis
autour de la table dans Tordre indiqué. — Au fond
QUATRE Domestiques.
BARBAROUX, montrant aux convives Vergniaud , absorbé dans ses réflexions , puis s'adressant à celui-ci.
Réveillez-vous , Vergniaud , taciturne rêveur I
210 CHARLOTTE GORDAY.
Daignez nous accorder quelques mots par faveur. On connatt les façons de votre nonchalance :
Vous feignez d'écouter pour garder le silence , Et vos rêves , suivant paisiblement leurs cours , Bercent leur doux sommeil du bruit de nos discours.
MADAME ROLAND
Non , laissez , Barbaroux ; respectons sa pensée. Gardons-nous d'interrompre une œuvre commencée. Qui sait ce qu i s*achève an ce recueillement !
A VetgnUud.
N'écoutez pas , Vergniaud. Méditez longuement'; Méditez , s'il est vrai qu'abjurant sa paresse , Vergniaud prépare enfin la foudre vengeresse , Et , dénonçant le vol et les assassinats , Promette Cicéron à nos Catilinas.
Ah I si j'étais Vergniaud , pour une œuvre pareille Je ne m'épargnerais ni fatigue ni veille ; J'aimerais mieux , le front appuyé sur la main , Pâlir depuis le soir jusques au lendemain , Que de laisser ma force un moment inféconde , Puisqu'on la tient de Dieu pour la donner au monde. — Mais vous vous reposez , et c'est mal à propos ; Qui peut si bien agir n'a pas droit au repos. A quoi sert-il qu'un homme , au cœur patriotique , Ait hérité , chez nous ,• de l'éloquence antique , Si , quand tous les tyrans ne sont pas abattus , Nous devons lui crier : tu dors , tu dors , Brutus !
VERGNIAUD
Eh bien 1 donc , que Brutus se charge de m'abaoudre ,