‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 131 sur 251 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Lui qui savait dormir et savait se résoudre.

D'ailleurs , à son réveil , hélas 1 qu*a-t>on gagné ? Il a tué César ; mais Auguste a régné.

Le cours de toute chose a ses sources lointaines Où s'amassent longtemps les passions humaines , Et , quand le flot grossi doit enfin déborder, Nul homme , quel qu'il soit , ne saurait le guider. Contre ces passions , dont le torrent nous presse , Amis , pardonnez-moi si je sens ma faiblesse ; Mais les événements n'ont jamais mieux fait voir Que les plus clairvoyants ne peuvent rien prévoir.

— Certe , une royauté , vieille comme la France , Désarmée , en un an , de sa toute-puissance ,

Les volontés du peuple écrites dans les lois , Et tous les fronts courbés sous le niveau des droits , C'était une si grande et si pleine victoire , . Que naguère pas un ne l'aurait osé croire , Ou que , si cet espoir eût pu luire à nos yeux , Pas un n'eût souhaité quelque chose de mieux. Et pourtant combien l'œuvre a dépassé le rêve ! Point de repos ; — il faut que le destin s'achève ; Sur le passé détruit rien ne reste debout , Et voici qu'un matin , le canon du dix août , Emportant sans combat la monarchie antique , Annonce à l'avenir la jeune république.

— A ce bruit inconnu , troublant votre tombeau , Vous avez dû frémir, cendres de Mirabeau I

Laissons au soin des Dieux ce qu'on ne peut connaître ; Évitons de chercher ce que demain doit être.

Demain , ô compagnons des maux déjà soufferts , Nous parcourrons encor l'immensité de mers ;

Aujourd'hui , mes amis , cueillons l'heure présente , Et les plaisirs permis par la grâce décente.

MADAME ROLAND

A la bonne heure. Donc , à demain le souci I Aussi bien c'est un jour sacré que celui-ci.

Elle se lève.

Un beau jour, Citoyens ! — La République est née. Salut, vingt-deux septembre, immortelle journée ! Puisse se prolonger dans l'avenir lointain L'ère républicaine , ouverte ce matin !

A an domestique.

Apportez à Vergniaud cette coupe profonde ;

'Le domeittique prend sur une petite table de serriee une coupe de forme antique qu'il donne à Vergniaud. '

Versez-y largement le vin de la tjironde.

Elle remet au domestique une bouteille de rin de Bordeaux le domestique remplit la coupe.

A Vergniaud.

Vous boirez à la France I — Après un jour pareil , Vous qui citiez Horace , écoutez son conseil :

« Frappez d'un pied joyeux , frappez le sol sonore ; « Portez les mets exquis sur la table des Dieux ; « C'est maintenant , amis , qu'il faut vider l'amphore , « Et puiser le cécube au cellier des aïeux.

« Plus tôt c'était un crime. En son ivresse folle , « Au milieu d'un troupeau d'esclaves dissolus ,

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