ACTE I. «tS
« Une reine apprêtait la flamme au Capitole , « Et des fers étrangers aux fils de Romulus. »
Les coarives s'inclinent derant madame Roland , en faisant entendre un murmure d'approbation.
LOUVET
Poursuivez ; il vous sied de nous traduire Horace ,
Qui chanta Famitié , la sagesse et la grâce.
Oui , rendez-nous Tesprit du poète latin ; *
Et que n'est-il assis lui-même à ce festin !
Il trouverait chez nous une muse moderne
Qui l'inspirerait mieux que son meilleur Falerne ,
Et pour qui , désertant Mécène négligé ,
Il oublîrait Phyllis , Néère et Lalagé.
VERGNIAUD, debtiut et la coupe en m^in.
A ton éternité , République naissante I
Tous se lèvent.
Sois généreuse et forte , équitable et puissante ; Combats tes ennemis , mais pardonne au malheur ; Fais oublier les rois par un règne meilleur.
Tu vivras , si , croyant toi-même à ta durée , Tu poursuis lentement ton œuvre mesurée , Et si , pour convertir ceux qui doutent de toi , Tu comptes sur l'amour et non pas sur l'effroi.
Au moment où il approche la coupe de ses lèvres , madame Roland lui retient le bras.
MADAME ROLAND
Souhaitez plus encor. Pour la rendre accomplie , Souhaitez qu'elle soit élégante et polie.
214 CHARLOTTE GORDAY.
Le langage élégant donne les douces mœurs ;
El la férocité rougit de ses clameurs.
— Ouvrez Tamphithéàtre , et préparez les fêtes 1
Parlez , grands orateurs ! chantez , divins poètes !
Et des fleurs de Platon l'on va vous couronner,
Non pas pour vous bannir, mais pour vous enchaîner.
La noble République , où le ciel nous convie ,
N'abaisse pas la gloire au niveau de Tenvie ;
Nous n'aurions fait que perdre au change des tyrans ,
S'il fallait qu'on subît le joug des ignorants.
A Dieu ne plaise ! — En fait de mœurs républicaines ,
Laissons la Béotie ; amis , soyons d'Athènes.
Elle dëtache un bonquet de roses de sa ««iatare , et r«fIleuU]« dnc la coupe de Vergniaud. Buzot et Lourct tendent leurs rerres pour j r^ceroir quelques feuilles de roses.
Mêlons , comme les Grecs avaient accoutumé , Le parfum de la rose et le vin parfumé ; Et que le souvenir de cet antique usage D'un siècle Athénien soit le premier présage \
YERGNIAUD, se penchant vers Barbavouk.
Barbaroux , si j'en crois mes sentiments secrets , N'effeuillons pas la rose ; effeuillons le cyprès.
Il reprend la coupe et TélèTe.
N'importe ! De mon sang la coupe serait pleine , Que je boirais à toi , France républicaine ; Et ton avènement sonnerait notre mort , Que ceux qui vont mourir te salûraient encor !
Tl boit.