‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 132 sur 251 · ACTE I. «tS · texte numérisé non relu

ACTE I. «tS

« Une reine apprêtait la flamme au Capitole , « Et des fers étrangers aux fils de Romulus. »

Les coarives s'inclinent derant madame Roland , en faisant entendre un murmure d'approbation.

LOUVET

Poursuivez ; il vous sied de nous traduire Horace ,

Qui chanta Famitié , la sagesse et la grâce.

Oui , rendez-nous Tesprit du poète latin ; *

Et que n'est-il assis lui-même à ce festin !

Il trouverait chez nous une muse moderne

Qui l'inspirerait mieux que son meilleur Falerne ,

Et pour qui , désertant Mécène négligé ,

Il oublîrait Phyllis , Néère et Lalagé.

VERGNIAUD, debtiut et la coupe en m^in.

A ton éternité , République naissante I

Tous se lèvent.

Sois généreuse et forte , équitable et puissante ; Combats tes ennemis , mais pardonne au malheur ; Fais oublier les rois par un règne meilleur.

Tu vivras , si , croyant toi-même à ta durée , Tu poursuis lentement ton œuvre mesurée , Et si , pour convertir ceux qui doutent de toi , Tu comptes sur l'amour et non pas sur l'effroi.

Au moment où il approche la coupe de ses lèvres , madame Roland lui retient le bras.

MADAME ROLAND

Souhaitez plus encor. Pour la rendre accomplie , Souhaitez qu'elle soit élégante et polie.

214 CHARLOTTE GORDAY.

Le langage élégant donne les douces mœurs ;

El la férocité rougit de ses clameurs.

— Ouvrez Tamphithéàtre , et préparez les fêtes 1

Parlez , grands orateurs ! chantez , divins poètes !

Et des fleurs de Platon l'on va vous couronner,

Non pas pour vous bannir, mais pour vous enchaîner.

La noble République , où le ciel nous convie ,

N'abaisse pas la gloire au niveau de Tenvie ;

Nous n'aurions fait que perdre au change des tyrans ,

S'il fallait qu'on subît le joug des ignorants.

A Dieu ne plaise ! — En fait de mœurs républicaines ,

Laissons la Béotie ; amis , soyons d'Athènes.

Elle dëtache un bonquet de roses de sa ««iatare , et r«fIleuU]« dnc la coupe de Vergniaud. Buzot et Lourct tendent leurs rerres pour j r^ceroir quelques feuilles de roses.

Mêlons , comme les Grecs avaient accoutumé , Le parfum de la rose et le vin parfumé ; Et que le souvenir de cet antique usage D'un siècle Athénien soit le premier présage \

YERGNIAUD, se penchant vers Barbavouk.

Barbaroux , si j'en crois mes sentiments secrets , N'effeuillons pas la rose ; effeuillons le cyprès.

Il reprend la coupe et TélèTe.

N'importe ! De mon sang la coupe serait pleine , Que je boirais à toi , France républicaine ; Et ton avènement sonnerait notre mort , Que ceux qui vont mourir te salûraient encor !

Tl boit.

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