‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 149 sur 251 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

BAHBÀROUX.

Non

lis auraient résisté , n'eût été le canon.

Et même , c'est justice à rendre à leur conduite ,

Ils ont résolument essayé de la fuite.

Deux fois ils se frayaient un passage douteux ;

Deux fois un mur de fer s'est dressé devant eux.

Cent soixante canons , pointés , mèche allumée ,

Enfermaient le sénat dans leur ligne enflammée ;

Cent mille hommes armés serraient leurs triples rangs ,

Pour couper toute issue aux députés errants ,

Et , repoussant partout leur prière importune ,

Criaient : vive Marat ! et , vive la Commune 1

— De leur opprobre enfin par deux fois convaincus , Ils sont rentrés muets , consternés et vaincus.

CHARLOTTE

Si bien qu'ils ont livré les vingt-deux !

BÀRBAROUX.

Oui, madame.

CHARLOTTE

Trahison! trahison! ohl complaisance infâme!

Révoltés criminels ! faibles législateurs ! Sénat plus criminel que les conspirateurs !

— Lui qui représentait la volonté publique , Notre unique pouvoir, notre barrière unique , Lui, qui n'était gardé que par sa majesté.

Et qui perd tout prestige , une fois insulté ,

244 CHARLOTTE COKDAY.

C'est lui qui , proclamant sa propre déchéance , Dans les mains de Témeute abdique sa puissance , Et trahit un dépôt qu'il devait» à tout prix. Restituer intact ainsi qu'il l'avait pris !

Les Oirondios se regardent arec ëtonnemexit. Louvet se lève, et s'approche de Charlotte, ainsi que Pétion et Busot. Charlotte cootinaant, et faisant un pas vers Barbaroux ' .

Mais quand cette infamie allait être conclue , Nul n'a donc fait entendre une voix résolue?

Nul ne s'est donc levé? nul n'a dit : « Citoyens , a Pour qui veut être libre , en voici les moyens : a — Rome fut envahie aussi par les barbares , « Et le pied des Gaulois profana ses dieux Lares. « Savez- vous ce qu'alors firent les sénateurs? « Ils vouèrent leur sang aux Dieux Libérateurs; « Et dans les murs sacrés quand les Gaulois entrèrent , « Leurs regards , qui cherchaient le butin , rencontrèrent a Ces augustes vieillards, semblables à des Dieux, « Tous immobiles , tous , graves , silencieux , « Assis dans le Forum , sur leurs chaises d'ivoire , « En habits triomphaux , comme aux jours de victoire , « Qui tous, ayant fait vœu de périr noblement, « Attendirent la mort et tinrent leur serment. « — Vous , dont d'autres Gaulois envahissent le temple , « sénateurs français , donnez le même exemple ! « Et, puisque vous avez, maîtres de votre sort, « Le choix de l'esclavage ou d'une noble mort, « Impassibles devant les canons sacrilèges , « Attendez la mitraille et mourez sur vos sièges ! »

I LouTet k gauche , Charlotte au milieu de la scène , Pétioa derrière Charlotte , Barbaruux et RuKOt à droite.

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