‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 150 sur 251 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

L U V E T , à Charlotte.

Bien , madame ! — Quelqu'un a parlé comme vous.

CHARLOTTE

Qui donc?

LOUVET

C'est Barbaroux.

CHARLOTTE

Honneur à Barbaroux !

BARBAROUX

Mais qui donc êtes-vous , jeune républicaine , Dont la voix douce parle une langue romaine ? Vos paroles , votre air, cette scène en plein champ , En pays inconnus , sous le soleil couchant, Semblent nous transporter aux âges poétiques Où les Dieux se montraient aux voyageurs antiques. Je demande , comme eux , si vous ne seriez pas Quelque divinité descendue ici-bas , Et si la Liberté , la Déesse nouvelle , N'aurait pas pris les traits d'une vierge mortelle , Afin d'encourager ceux qui n'ont pas en vain Brûlé le pur encens sur son autel divin?

CHARLOTTE

Mon Dieu , non. Je ne suis qu'une humble villageoise ; L'habit des Dieux sied mal à ma taille bourgeoise, ^pescendons , s'il vous plaît, de l'Olympe. — D'ailleurs , J'avais bien mérité vos compliments railleurs.

i44 CHARLOTTE GORDAY.

Une fille des champs , en tribune rustique ,

Dictant aux députés leur devoir politique ,

C'est un jeu puéril , digne de vos dédains.

Mais je hais les tyrans ; j'aime les Girondins ;

J'avais compté sur eux pour sauver ma patrie

De ces excès sanglants dont sa gloire est flétrie.

Oui , dans nos jours mauvais , je n*espérais qu'en vous ,

Grand Vergniaud ! fier Louvet l généreux Barbaroux !

En vous tous , Girondins , jeune et brillante armée ,

Où la vertu trouvait sa garde accoutumée !

— Désespère , ô vertu ! Couvre-toi d'un long deuil , Tribune aux orateurs, veuve de ton orgueil 1 Longtemps , en appelant leur parole éloquente , On tournera les yeux vers leur place vacante ; Mais qui donc oserait s'estimer assez haut

Pour s'asseoir sur le banc où s'asseyait Vergniaud !

— Ah 1 perte irréparable ! — Ah ! qui l'aurait pu croire, Que la Convention eût dévasté sa gloire 1

— Que sont-ils devenus, ces illustres proscrits?

BARBAROUX

Les uns , comme Vergniaud , sont restés à Paris; Ils ont voulu prouver que ceux de la Gironde N'ont pas peur d'un procès à la face du monde , Et sauront , ne fuyant ni juges , ni bourreaux , Parler en accusés et mourir en héros.

D'autres sont allés voir si la France recèle Quelque orgueil dont on puisse exciter l'étincelle , Si les départements se croiront insultés Par l'affront que Paris fait à leurs députés , Et se révolteront contre une capitale

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