SCÈNE IL BRUTE, VALÈRE
BRUTE
Que me veux-tu , Valère?
VALÈRE
Ami , réjouis-toi ; tes vœux sont satisfaits , Et nous allons passer des discours aux effets. On se lasse à la fin de trembler sous un homme.
J'ai visité plusieurs des principaux de Rome , Et tous , patriciens , chevaliers , sénateurs , Que déjà du tyran fatiguaient les hauteurs , Se voient poussés à bout par la guerre aux Rutules , Dont les énormes fra's dévorent leurs pécules. J'ai flatté leur rancune , enflammé leurs esprits , Appuyé sur les points qui les avaient aigris , Puis , après le courroux éveillant Tespérance , J'ai fait à leurs regards luire la délivrance , Et ne les ai quittés qu'en laissant dans leur sein Le germe enraciné d'un vigoureux dessein.
Déjà des mots hardis se disent à l'oreille ; Déjà l'on s'interroge , on discute , on conseille ; Et, les Tarquins absents , de secrètes leçons Circulent dans un air moins chargé de soupçons.
— J'ai reçu ce matin le sénateur Procule :
Aucun n'ose avancer, mais aucun ne recule ; On est sur la limite , et c'est l'instant précis De pousser en avant ceux qui sont indécis.
Il manque , a dit Procule , un chef qui nous commande , Et moi j'ai répondu : « Ce chef qu'on se demande , « Il vit ; il paraîtra quand il en sera temps , « Et , je vous le promets , vous en serez contents. » Là , j'ai clos l'entretien sans plus ample ouverture. C'est alors , plaise aux Dieux qu'il soit de bon augure !
— C'est alors que le bruit me vint de ton retour. Qu'en dis-tu , Junius? n'estrce pas à ton tour? Ne faut-il pas agir?
BRUTE
Il faut encore attendre.