ACTE II
Et si l'occasion ne nous est plus offerte ?
Et si tout est trahi par une découverte?
— As-tu bien réûéchi?
BRUTE
J'ai bien balancé tout.
VALÈRE
Et ton dernier avis?
BRUTE
Est d'aller jusqu'au bout.
Mieux j'ai mûri mon plan , plus je dois être ferme A ne le pas risquer en en pressant le terme.
VALERE
Ainsi , ton père mort.
BRUTE
Plus tard sera vengé.
VALÈRE
Tes affronts.
BRUTE
Je suis fait au rôle d'outragé.
VALÈRE
Et tous nos partisans dont j'excitai le zèle Coratnent de ce retard prendront-ils la nouvelle ? Que leur dirai-je, alors qu'ils me demanderont Pourquoi mon bras est lent, quand mon langage est prompt?
BRUTE
Tu leur diras : C'est peu de songer à détruire ,
Si l'on ne songe enœr comme on veut reconstruire ;
Et le ressentiment n'opère qu'à demi ,
S'il ne sert une cause en frappant l'ennemi.
Or, les Tarquins chassés, qui mettra-t-on en place?
Sera-ce le sénat , ou bien la populace ?
Ou , si l'on veut tenter l'essai d'un autre roi ,
Quel sera cet élu ?
VALÈRE
Brute , ce sera toi.
BRUTE
Une autre ambition que celle-là me guide :
Je veux le bien de Rome , et je le veux solide. Connais mieux mes projets. Jusqu'ici l'entretien Roula sur la vengeance et le choix du moyen ; Il est temps aujourd'hui que chacun de nous sache , Par-delà les combats , quelle sera sa tâche.
— Valère , si mon vœu doit prévaloir, ni moi , Ni personne jamais ne se nommera roi.
Tarquin fut un tyran ; un autre pourrait l'être. Rome , telle qu'elle est , n'a plus besoin d'un maître. Quand , faible et menacée , il fallait qu'au début Elle vainquit sans cesse au prix de son salut , Alors , il était bon qu'une forte puissance Aux insubordonnés apprit Tobéissance , Et , pour mieux faire face au péril imminent , Doublât la résistance en la disciphnant.