‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 208 sur 251 · ACTE IV. 8ti · texte numérisé non relu

ACTE IV. 8ti

L'enchaîne au châtiment , s'il manque à son devoir, — Je coupe ainsi d'un coup les trames qu'on prépare , Et j'épargne le sang dont il faut être avare.

DANTON, à Robespierre.

Toujours fou !

^ MARAT

L'an passé , c'était encor plus sûr ; Nous jouirions déjà du calme le plus pur.

Cent têtes, qu'il fallait couper en temps utile, Nous auraient dispensés d'en couper trois cent mille.

ROBESPIERRE

Trois cent mille I

MARAT

Ah ! Danton , j'avais espoir en to! ; Je voulais te donner ce redoutable emploi.

Ton audace m'a plu ; mais j'ai connu bien vite Que l'audace était grande et la sphère petite. Ton esprit ne sait pas planer dans ces hauteurs Où tout scrupule échappe aux vrais législateurs ; Les terrestres liens t'empêchent de m'y suivre ; D'un misérable orgueil ta parole t'enivre ; Des flatteurs empressés te prodiguent l'encens; L'or, l'amour, les festins ont captivé tes sens , Et la dépouille Belge , hélas 1 est la Capoue Où le victorieux dans la mollesse échoue.

ROBESPIERRE, à deml-Toiz.

J'en connais de plus fous.

824 CHARXOTTE CORDAY.

MARAT

J'ai y ia lanterne en main, Cherché ; je n*ai point vu d'homme sur mon chemin.

Regardant Danton. Regardant Robespierre.

L'un manque de grandeur, et l'autre de courage.

— Alors ce sera moi qui ferai votre ouvrage.

Il ne lève, et marclie d'un pas agite vers la gauche. DANTON.

Enfin que veux-tu donc?

MARAT

Je ne pense pas , moi , Que tout soit terminé , dès qu'on n'a plus de roi ; C'est le commencement. — Je sais que chez les nôtres Quelques-uns ne voulaient que la place des autres, Et tiennent que chacun doit être satisfait , Quand ce sont eux qui font ce que d'autres ont fait. Leur révolution se mesure à leur taille.

— Ce n'est pas pour si peu , Danton , que je travaille. Ami du peuple hier, je le suis aujourd'hui;

J'ai souffert , j'ai lutté , j'ai haï comme lui ;

Misère , oubU , dédain , hauteur patricienne ,

Ses affronts sont les miens ; sa vengeance est la mienne.

Il le sait ; il défend celui qui le défend.

Or, je porterai loin son drapeau triomphant.

Il ne me suffit pas d'un changement de forme ;

Au sein des profondeurs j'enfonce la réforme.

Je veux armé du soc, retourner les sillons.

A l'ombre les habits I au soleil les haillons I

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