‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 209 sur 251 · ACTE IV. 3î · texte numérisé non relu

ACTE IV. 3î

Je veux que la misère écrase l'opulence , Que le pauvre à son tour ait le droit d'insolence , Qu'on tremble devant ceux qui manqueront de pain , Et qu'ils aient leurs flatteurs, courtisans de la faim. Chapeau bas , grands seigneurs , bourgeois et valetaille ! Vos maîtres vont passer : saluez la canaille ! — Oh ! ce sont des plaisirs lentement savourés , Et qui compensent bien tant d'affronts dévorés , Que cet abaissement d'une classe arrogante , Se parant gauchement de la vesto indigente , S'exerçant aux jurons , et , chute sans grandeur ! Des cris qu'elle déteste exagérant l'ardeur I

DANTON, éclataut* enfin, après aroir arpenté le thé&tre a grands pas, pendant les dernières paroles de Marat.

Morbleu 1 — la liberté ne veut pas de despotes.

Chapeau bas, grands seigneurs! chapeau bas, sans-culottes !

Et saluez la loi , non les individus ;

Car ce n'est qu'à la loi que ces respects sont dus.

Le nouveau droit commun confond toutes les classes ;

Je ne distingue plus ni familles ni races ;

Le peuple est tout le monde , et les nobles anciens ,

Tombés nobles , se sont relevés citoyens.

MARAT

Tu n'y comprends rien.

DANTON

Non; je n'ai pas ce génie.

Je veux tout simplement briser la tyrannie ; Qu'elle vienne d'en haut , qu'elle vienne d'en bas , Elle est la tyrannie , et je ne l'aime pas.

HARAT.

C'est fort bien. Va du pauvre au riche que tu flattes ; Prends-toi d'amour subit pour les aristocrates ; Va , va , ce n'est pas toi qui les peux relever ;

— Prends garde de te perdre, en voulant les sauver;

Il passe deTAot Danton.

Quant au peuple , il saura se passer de ton aide.

— Tu m'as interrogé; je t'ai dit le remède...

DANTON

Beau remède!

M A R'A T , reTenant rers la table.

Nommez sans délai , sans retard , Nommez un dictateur. — Demain sera trop tard. Le peuple vengera lui-même son injure , Et ce sera terrible alors, je vous le jure.

Rien n'arrêtera plus l'effusion du sang ; Moi-même à la régler je serais impuissant.

Le peuple , brandissant le glaive de l'archange , Bavardez , dira-t-il , bavardez ! — Je me venge. Et son glaive au fourreau ne sera pas remis, Qu'il n'ait exterminé ses derniers ennemis :

Courtisans , financiers , accapareurs , pirates , Robins, calotins, bref, tous les aristocrates.

Il se remet à marcher.

DANTON

Aristocrates ! bah ! vieux mot ! spectre abattu !

— Où sont-ils? qui sont-ils? à quoi les connais-tu?

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