ACTE IV
MARAT
C'est facile : les mains blanches et délicates , Les dentelles , Thabit de soie , — aristocrates î Quiconque est en voiture , ou sort de l'Opéra , Tient maison , a valets , chevaux et cœtera , Aristocrate \ — on peut le tuer sans scrupule.
Il Ta tomber épuûë dans le fauteuil qui est près de la cheminée à gauche. Danton se rapproche de Robespierre, toujours assis; ils se regardent tous les deux arec stupéfaction.
DANTON
C'est la pleine démence.
ROBESPIERRE
Atroce et ridicule !
DANTON, allant à Marat qu'il touch^ sur Tépaule , et lui parlant d*un ton compatissant.
La fièvre est dans tes yeux et brise ton accent ;
Les persécutions ont enflammé ton sang ;
Les cachots souterrains , qui t'ont prêté leur ombre ,
Ont laissé sur ton cœur quelque chose de sombre.
Repose-toi , Marat, et sache à ce propos
Que la Convention te permet le repos.
MARAT
C'est beaucoup d'intérêt ; merci ; je t'en dispense. Je ne suis pas encor si malade qu'on pense.
Sois tranquille ; il me reste en ce corps si chétif , Pour ôter plus d'un masque , un sang assez actif.
Il se lère.
Oui , j'ai vécu trois ans dans les caves funèbres ;
3Î8 <:harlotte gorday.
Comme Toiseau de nuit , j'ai hanté les ténèbres ; J'en suis fier ; c'est de là que , malgré les tyrans , La vérité dardait ses rayons pénétrants.
Et voilà donc le fruit de mes longues alarmes I Ainsi contre moi-même on en tire des armes !
« L'homme des souterrains est sanguinaire et fou ; a J'ai la soif d'un vampire et les yeux d'un hibou ; « Ambitieux 1 dit l'autre ; et c'est encor clémence , « Quand je suis seulement accusé de démence. »
Il va s'asseoir vers la table.
Ambitieux ! — Pourquoi? j'ignore les besoins.
11 montre son logement.
Voyez : quel Phocion s'est contenté de moins?
— Un fou I — Mais j'en appelle à ma plume savante ; J'ai fait jusqu'à ce jour vingt livres , et m'en vante.
— Un homme sanguinaire ! — Ah ! je fus toujours doux. Cœurs sensibles et bons , je m'en rapporte à vous ! C'est la sainte équité , c'est la philanthropie
Qui m'ont seules armé contre une caste impie.
Il me fut démontré qu'épargner cent coquins ,
C'est vouer à la mort mille répubUcains ;
Dès lors quel cœur de fer, quel homme sans entrailles ,
Eût condamné la France à tant de funérailles?
Et quand c'est pour sauver tout un peuple innocent ,
Sied-il de marchander quelques gouttes de sang 1
Il se remet à marcher d*un pas oonrulsif.
— Par exemple , à quoi donc vous sert la guillotine, Puisque vous laisser vivre et Biron et Custine?
DANTON
Comment 1 deux généraux!