SCÈNE H
fi T D I E ) se levant et s'éloignant d'Horace.
Laissez-moi ; laissez-moi.
HORACE, la suivant.
Je t'aime.
LYDIE
Taisez-vous.
HORACE
Et je n'aime que toi.
Ces vers ne prouvent rien. Fiction poétique ! Il fallait un ïambe à mon vers alcaïque ; Lydie est un dactyle ; en mon vers fourvoyé . Le cœur disait : Lydie ; et le rhythme : Chldé.
L T D I B , jetant par terre les tablettes qu'elle foule à ses pieds.
Périssent donc les vers et leur trompeur grimoire ! Puissé-je les fouler, tous, comme cet ivoire!
HORACE
Ah ! ma pauvre tablette l on te brise les os.
LYDIE
A ta chère Chloé portes-en les morceaux.
HORACE
Des vers perdus 1 pas un dont je me ressouvienne !
LYDIE
Tant mieux. Je les voudrais dans la mer Caspienne. Oh I les poètes! race égoïste et sans frein , Qui sacrifirait tout pour un méchant quatrain !
HORACE, entre ses dents.
Méchant quatrain 1
LYDIE
C'est bien la pire espèce d'hommes Que nous puissions aimer, ô folles que nous sommes ! On les croit généreux , tendres et délicats ; Ils ont un sens exquis , que les autres n'ont pas ; Dans un monde inconnu leur amour nous fait vivre ; Bah ! ces enchantements ne sont que dans leur livre. Fiction poétique 1 Au fond vous les verrez Terrestres comme un autre , et pas plus éthérés. Us ont tant dépensé de feux pour les déesses , Qu'ils n'en ont plus du tout pour de simples maîtresses , Et , tant d'amour en vers épuisant leur vigueur, L'imagination a ruiné le cceur. C'est pour cela qu'ils ont l'humeur si vagabonde ; Comme ils n'aiment personne , ils aiment tout le monde. Ah 1 qu'il vaut mieux choisir un honnête garçon , Tout simple, et vous aimant de la bonne façon,
— Comme Cérinthe , ou bien Calais fils d'Omithe.
nORACK.
Une bète I
LYDIE
Il m'adore , et c'est un grand mérite.
— Il est jeune , il est beau.
HORACE
Hum I pas trop.