‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 35 sur 251 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

Dissipant les ardeurs du cécube embaumé ,

Fait jouir plus longtemps de Bacchus désarmé ;

Soit que Vénus , penchant sa robe dénouée ,

Le verse dans le sein d'une amante enjouée.

J'aime tout ce qui plaît ; — si bien qu'en vous aimant

Je me laissais aller à cet entraînement.

Mais je n'eus pas l'idée alors , qu'il m'en souvienne ,

D'engager à jamais votre vie et la mienne.

Je me peignis l'amour, non pas voilé de pleurs ,

Mais joyeux , souriant et couronné de fleurs ,

Libre d'un joug pesant et d'une rude chaîne ,

Fuyant l'éternité qui ne sied qu'à la haine ,

Et suivant son caprice , et , toujours jeune et beau ,

Fier du plaisir ancien en courant au nouveau.

— Vous-même , il me sembla qu'un premier esclavage

Vous devait détourner d'un autre apprentissage ,

Et que c'était assez des fers de votre hymen ,

Sans attacher le cœur comme le fut la main.

Je le croyais ainsi , Tullie , et l'apparence

Venait entretenir en moi cette assurance.

Vous n'aviez pas ce front soucieux et chargé

Qui décèle un esprit sourdement ravagé ;

On ne vous voyait pas , dans une sohtude ,

D'un sein tumultueux cachant l'inquiétude ;

Mais , généreuse hôtesse , à tous vos conviés

Accordant tour à tour vos regards enviés ,

Animant chaque fête , et , la face sereine ,

Présidant aux festins dont vous étiez la reine.

— Hier même , quand les luths , les chants et les propos

D'un bruit accoutumé réveillaient vos échos ,

On n'eût pas deviné

54 vLUCREGE.

TULLIE

Que faieais-je donc , traître , Si ce n'est t*obéir? — L'oses-tu méconnaître? Pour qui tous ces repas prolongés dans la nuit? Pour qui tous ces parfums, tous ces chants, tout ce bruit? Dis : Était-ce pour moi? — J'en étais obsédée. N'est-ce donc pas toi seul qui m'as persuadée? Je t'ai trop écouté ; sans toi , sans tes discours , Je connaîtrais la paix qui fait les heureux jours ; Je saurais quels plaisirs habitent la retraite , Et si l'humble existence a sa douceur secrète.

— paix que j'ai perdue ! ô calme que j'ai fui ! Qui donc vous a fermé mon cœur? n'est-ce pas lui?

— Oui, c'est toi. Vers ton but dirigeant ma faiblesse , Tu m'as conduite au crime à travers la mollesse ; Tes conseils corrupteurs préparaient ton pouvoir ; Tes désirs m'attendaient au sortir du devoir ;

Et par de simples mœurs me craignant vertueuse , Tu m'espérais coupable à me voir fastueuse.

Ton espoir est rempli ; le bruit et la splendeur Ont chassé le travail gardien de la pudeur.

Et tu viens maintenant m'en rejeter le blâme 1

— Va , j'avais déjà lu dans le fond de ton âme ;

Tu cherchais un prétexte ; et tes yeux , pleins d'ennui , M'avaient su présager cet affront d'aujourd'hui.

— Comme il me déchirait ! comme il m'a fait entendre , Si je doutais encor, ce que j'en dois attendre I

Ainsi , j'ai tout bravé pour lui plaire , à ce point Que l'œil d'un fou s'émeut d'en être le témoin ; Je fais rougir un fou ; ma honte est son ouvrage ,

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