‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 41 sur 251 · ESCLAVES · texte numérisé non relu

ESCLAVES

LA NOURRICE

Ne laissez pas ainsi pendre en paix vos fuseaux , Jeunes filles ; chargez de laine vos roseaux. Vous qui tressez les fils en croisant les aiguilles , Faites courir vos doigts ; hâtez-vous , jeunes filles ; Que la maille , ajoutée aux mailles , laisse voir Le tissu dans vos mains s'allongeant chaque soir.

— Hâtez-vous. Finissons cet habit militaire.

Le guerrier dort souvent sur une froide terre ; Ses membres sont glacés ; il lui faut la chaleur Que d'un bon vêtement lui ménage l'ampleur.

Remplissez tour à tour et videz les corbeilles , Et nous pourrons après diminuer nos veilles.

— Cependant , dites-moi , — car j'ai l'esprit troublé — De ce qu'on fait au camp vous a-ton pas parlé?

N*avez-vous rien appris? vous avez Thabitude D'apprendre plus que moi , qui vis en solitude. A-t-on vu GoUatin? Parle-ton de combats?

Combien vont à la guerre et n'en reviennent pas ! Quand donc Janus fermé , qui repeuple les villes , Rendra-t-il leurs époux aux épouses tranquilles ?

LA NOURRICE

Pourquoi vous alarmer ? Croyez-moi , chère enfant , Vous reverrez bientôt Collatin triomphant.

Il reviendra , chargé d'une opulente proie Qui fera vivre ici l'abondance et la joie.

Romulus le protège ; et d'ailleurs les combats , Peu dangereux aux chefs , ne le sont qu'aux soldats.

Ah ! cet espoir est bon quand le chef est un lâche ; Mais Collatin n'est pas un homme qui se cache , Et de son déshonneur se faisant un rempart , Abrite au dernier rang son prudent étendard.

Il est chef pour se battre à la place première ; A lui , plus qu'au soldat, la guerre est meurtrière; Et moi-même , après tout , j'aimerais mieux le voir Noblement mort , qu'en vie et traître à son devoir. — Hélas I c'est ce qui fait mon orgueil et ma crainte. De noirs pressentiments je me sens l'âme atteinte ; Des présages affreux viennent m'épouvanter.

— Nourrice , écoute bien , je vais tout te conter.

LA NOURRICE

Dites , ma chère enfant. Jamais ceux qui sont sages

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