LUCRÈCE, SEXTUS
J*écoute maintenant.
SEXTUS
Fortuné CoUatinl Qu'il doit remercier le généreux destin !
Que peutron désirer en ce monde, ô Lucrèce , Quand on a votre amour, la suprême richesse I Que CoUatin absent doit doucement songer A votre cœur qui bat au bruit de son danger ,
Qui , tout entier, le suit au milieu des alarmes , Préparant au blessé le baume de ses larmes , Et du vainqueur joyeux caressant le retour, Par des soins délassants et des propos d'amour !
— Oh 1 que j'échangerais le royal diadème Contre un tendre regard de la femme que j'aime , Et la robe de pourpre et l'appareil des rois Contre ce simple habit qu'auraient filé vos doigts I S'il m'eût été donné d'avoir ce bonheur rare , Comme j'en jouirais en possesseur avare !
Ce ne serait pas moi qu'on verrait employer, Dans les loisirs des camps , les jours dus au foyer.
Un Romain doit aller où Rome le demande , Sextus , et tout quitter quand le pays commande. Ainsi fait CoUatin , et c'est dignement fait.
— Mais ne parliez-vous pas d'un message?
SEXTUS
En effet. - Je m'en souviens. — J'avais perdu toute mémoire ; Car je suis plus troublé que vous ne sauriez croire.
— Lucrèce 1 J'admh'e et j'envie à la fois
Et tout ce que j'entends et tout ce que je vois : Cet aspect imposant du vestibule antique , Familier à Yesta , la déesse pudique ; Ce foyer solitaire , où nul bruit de gaîté Des lares paternels n'émeut la gravité ; Ces corbeilles , ce lin , la lampe sérieuse Qui dérobe au sommeil l'heure laborieuse ,