ACTE III
Cependant que Pallas , assise près de vous , Contemple vos travaux avec un œil jaloux , Et craint , en vous voyant et si sage et si belle , Que Ton n'adore un jour une Pallas nouvelle.
— Que vous dirai-je enfin? Plein d'un respect pieux , Je me crois dans un temple occupé par des Dieux, Et vous m'apparaissez , dans la foule divine , Comme une reine auguste , et dont le front domine.
Mais mon mari, Sextus? — Vous venez en son nom ; Parlez de mon mari ; — que veut-il?
Eh bienl non.
— Je ne viens pas pour lui.
Que venez-vous donc faire?
Et que m'avez-vous dit ?
SEXTUS
Qu'une importante affaire...
— Mais non , c'est trop tarder. — Que me fait Collatin , Ht l'armée , et les chefs , et Rome , et son destin !
Je ne connais ici que vous et que moi-même.
— Je viens vers vous... je-viens... parce que je vous aime.
Ah 1 dieux immortels !
74 LUGKEGE:
SEXTU9.
Oui , je vous aime ; souffrez Que je m'explique enfin , et vous me jugerez. — Je vous aime , du jour qui m'a rendu votre hôte. Collatih m'amena ; ce ne fut pas ma faute.
J'ignorerais encor, sans son fatal orgueil , Quels bouleversements peut produire un coup d'œiî. Votre image me suit ; ma mémoire obstinée Partout m'offre Lucrèce , au travail adonnée ; Absente je vous vois comme je vous vois là ; Je ne vois plus que vous. Au point où me voilà , A faire effort sur moi mes luttes seraient vaines. Je n'y puis rien. Vénus a pénétré mes veines. Pareil au loup blessé par l'épieu du chasseur, J'emporte , en le mordant , un trait mortel au cœur ; Et je comprends , au feu dont tout mon sang s'allume , Qu'il faut , ou qu'on l'apaise , ou bien qu'il me consume.
Lucrèce fait un mouvement comme pour parler.
— Ne vous indignez pas, Lucrèce; j'ai compris
Qu'un amour clandestin n'aurait que vos mépris.
Vous êtes trop sincère , et votre âme est trop haute,
Pour l'art humiliant de cacher une faute.
Mais voici mon dessein : Rome a besoin de bras ;
Un hymen infécond l'appauvrit en soldats ;
Votre stérilité se prêtant au divorce ,
Tarquin à votre époux le dictera de force ,
Et rompra ces liens , au pays odieux ,
D'oîi Lucine ennemie a détourné les yeux.
Tous deux libres alors par un divorce double ,