‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 62 sur 251 · ACTE 1. »a · texte numérisé non relu

ACTE 1. »a

Sur Hector le Troyen , et sur Roland de France ;

Mais, il faut l'avouer, notre sire est encor

Plus vaillant que Roland , et plus courtois qu'Hector.

AGNÈS

Et c'est peu qu'en vaillance il ne cède à personne ; Il faut voir de quel air il porte la couronne I On sent bien qu'il est né pour imposer sa loi ; Ce n'est pas seulement un hérps , c'est un roi ; Et , quand il a dicté sa volonté suprême , Il s'assied à mes pieds , comme tu fois toi-même ; Son front majestueux , plein d'un royal souci , Par mon premier, sourire est soudain éclairci ; U fait ce que je veux ; il me nomme sa reine ; Ce lion formidable est docile à ma chaîne ; Et, nouvelle Genièvre , il mp ^fQt d'un mot Pour enchanter le cœur d'un nouveau Lancelot. Marguerite ! — enfin ma fortune m'effraie ; Je n'ose pas encor croire qu'elle soit vraie. Je n'ai pas mérité ce bonheur surhumain ^ C'est une erreur du sort , qui peut finir demain.

• MAilGUEBITE.

Non , ce n'est que justice , ô chère dame 1 Aucune N'est plus digne que vous d'une telle fortune. Les bénédictions des cœurs que vous gagnez Témoignent asàez haut qu'à bon droit vous régnez , Et le sort n'eût pu faire un choix plus légitime Que d'unir la meilleure et le plus magnanime.

AGNÈS

Ah 1 qui sait , Marguerite ! On en disait autant

A celle qui fut reine avant nous ; et pourtant , Cette triste Ingelberge , au fond d'une abbaye , Pleure , à l'heure qu'il est , sa gloire évanouie.

— Son image parfois me vient comme un remord.

MARGUERITE

Pourquoi donc? car enfin vous n'avez aucun tort : Vous n'avez désiré ni préparé sa perte ; Avant qu'on vous l'offrît , sa couche était déserte ; Et ce fut sûrement un divorce fondé , Dès lors que les prélats l'ont ainsi décidé.

AGNÈS

Il est vrai.

MARGUERITE

Puis , autant vous êtes bonne et belle , Autant la grâce en vous est chose naturelle.

Autant elle était triste ; et son fâcheux aspect N'inspirait ni l'amour ni même le respect.

— Aussitôt que le roi l'aperçut , on raconte Que , la voyant si laide , il en pâUt de honte , Et que jamais depuis , contraint de l'aborder, Il n'a pu faire effort jusqu'à la regarder.

Si bien qu'on le plaignait , disant : C'est grand dommage Qu'un si beau chevalier soit en pareil servage !

AGNÈS

C'est assez , Marguerite ; épargnons le malheur. Aussi bien nous avons un entretien meilleur.

— Parle-moi de Philippe ; exalte -moi sa gloire ;

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