‹ Théatre complet de F. Ponsard (volume 2)Chapitre 63 sur 251 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Redis-moi quelle fut sa plus belle victoire.

—Mais, pauvre enfant , toujours je te parle de lui , Et pour d'autres que moi c'est peut-être un ennui. Que ne peux-tu bientôt connaître par toi-même , Marguerite , l'orgueil de vanter ce qu'on aime 1 Car nous échangerions de plus longs entretiens , Si par tes sentiments tu comprenais les miens. J'aurais à qui parler de ma joie abondante ; Je serais , à mon tour, docile confidente ; — Et voyons , réponds-moi comme à ta bonne sœur : A songer à quelqu'un n'as-tu point de douceur ?

MARGUERITE

Je songe à vous , Madame , et ne songe à nul autre , Et ma vie est heureuse à l'ombre de la vôtre. Que puis-je désirer auprès de vous ? Mes jours , Remplis d'amusements , me paraissent trop courts. Tantôt , dans les tournois , à vos côtés assise , Je vois ceindre un vainqueur de l'écharpe conquise ; Tantôt nous poursuivons les daims par les forêts ; Nous lâchons le faucon sur l'oiseau des marais ; Ou nous allons cueillir, dans les lieux solitaires , Les simples renommés pour leurs sucs salutaires ; Et , là , vous m'enseignez quels herbages pressés Composent l'appareil qui guérit les blessés ; Puis ce sont les romans dont je vous fais lecture , Les chants des ménestrels , les conteurs d'aventure , Et tout ce bruit joyeux , et tout ce mouvement , Qui font de votre cour un lieu d'enchantement. Moi , qui dans mon manoir jusqu'ici renfermée , N'y voyais que les murs d'une salle enfumée ,

Mêlée à ces splendeurs qui vous suivent partout , Madj^me , je m'étonne et m'amuse de tout , Et ne demande à Dieu , par prières ferventes , Que de pie maintenir ^u rang de vos suivantes.

AGMfiS.

Oh ! nous ne voulons pas que tu sois toute à nous y Et verrons un rival d'un regard peu jaloux.

Va , nous saurons choisir, ma belle Marguerite , Un preux qui porte aussi ta couleur favorite , Et consacre à sa dame , invoquée après Dieu , Sa pensée en tout temps , 8e$ exploits en tout lieu. — Mais le Roi ne vient pas ! — Lis encore.

MARGUERITE, Usant.

fi 9§au si^e , a Fit la reinQ , cq mot ne voulait pa$ tant dire ; « C'est f^içon de parler dont op ^çe souvent , « Et je ne pensais pas k niai en m'^in $ef v^nt. « Mais telle (E^st vQtre ru^e : avp^è^ de fuaiiïto ^ap^e , « Vous feigr^e^ v^oi spuci qui n'est; point flàns yotre ^m&, « — Or, e}|§ gavait t>ien q4'il m 1^ feignait pas ; « Mais çlie avait plaisir à vqir son embarras... »

Ah 1 c'est le Roi \

Elle congf^die Marguerite.

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