ACTE III
PHILIPPE
Ce n'est pas la colère , Agnès , — c'est la douleur.
Je comprends , pauvre Agnès , ta muette pâleur,
Et les pleurs , que ta main essuie à mon approche ,
Ont tracé des sillons où je lis un reproche.
— Dieu 1 qui l'aurait dit qu'il viendrait un moment
Où l'amour de Philippe allait être infamant ,
Où j'aurais ce remords , mêlé de jalousie ,
Qu'il vaudrait mieux pour toi qu'un autre t'eût choisie !
AGNÈS
Oh l Monseigneur !
PHILIPPE
Vraiment , c'est noble et généreux De rester attachée au sort d'un malheureux , Et je ne sais lequel admirer davantage , Ou mon abaissement , Agnès , ou ton courage.
AGNÈS, à part.
Oh ! le courage aisé de rester près lui !
PHILIPPE
Tu pouvais bien me fuir, comme chacun m'a fui ; Tu pouvais bien trouver ce dévoûment trop rude , De perdre tes beaux ans dans une solitude.
AGNÈS, kpart.
Voilà ce qu'il croira !
PHILIPPE
Tu restes par vertu.
Tu ne peux plus m'aimer ; comment m'aimerais-tu ? Non , il n'est pas d'amour qui survive à l'estime , Et ton dédain pour moi n'est que trop légitime. Mais , s'il n'a plus l'amour, ton cœur a la pitié ; Il s'est encore ému d'un reste d'amitié , Et tu ne voudrais pas , clémente au misérable , Joindre ton abandon à tout ce qui m'accable.
— Sois bénie en cela ! Quand tu m'aurais quitté , Je n'aurais pas le droit d'en paraître irrité ;
Mais puisque ta pitié s'est montrée infinie ,
— Hélas ! c'est ta pitié. — N'importe , sois bénie !
AGNÈS, k part.
A Philippe.
Et moi qui vais partir 1 malheureuse 1 — Seigneur, . Par le cher souvenir de notre ancien bonheur, Par la sérénité de nos amours passées , De grâce, au nom du ciel , n'ayez. pas ces pensées ! Ne les ayez jamais , quoi qu'il arrive !... Ah 1 Dieu ! Moi , ne plus vous aimer I moi , vous estimer peu ! Et qui donc dans le monde est votre égal ? Quel autre Peut se glorifier d'un nom comme le vôtre ?
Tout est à vous : génie , éclat , bonté , valeur. Vous grandissez encor de tout votre malheur.
— Je vous accuserais, moil — Que puis-je reprendre? Pourquoi donc souffrez-vous , sinon pour me défendre?
— Que parliez-vous tantôt d'appareil souverain ? La perte ne m'en fait ni plaisir ni chagrin ;