ACTE III
Je ne m'en souviens pas. — Ce palais désert , Sire , Est un vivant palais où votre amour respire ; Ces murs silencieux ont pour moi des échos Qui murmurent toujours le bruit de vos propos ; Et pas un lieu de fête et de réjouissance , Avec toute sa foule et sa magnificence , Ne me paraît si plein et si resplendissant Que cette solitude où vous êtes présent.
PHILIPPE
Dis-tu vrai? — Mais pourtant la pâleur de ta joue I — Tes larmes !
AGNÈS
Eh bien , oui , j'ai pleuré ; je Tavoue.
C'est que j'ai vu celui qui nous est trop connu. Le moine , — vous savez , — le moine est revenu.
PHILIPPE
Le moine est revenu I Tant mieux : c'est bon augure.
AGNÈS
Quoi !
C'est la paix , Agnès , qu'il est venu conclure.
AGNÈS
La paix ! Que dites-vous !
PHILIPPE
Oui. — Je me suis soumis.
J'ai demandé pardon , moi , le Roi ; j'ai promis ,
162 AGNES DE MERANIE.
Sachant que la croisade est le rêve du pape , Que , s'il voulait lever l'interdit qui nous frappe, J'irais en Terre-Sainte , et m'acheminerais En tète d'une armée équipée à mes frais.
— Ah ! la querelle ainsi n'eût pas été vidée , Si j'avais donné suite à ma première idée I Mais tes larmes tombaient sur mon cœur amolli , Et ton repos , Agnès , m'a commandé l'oubli.
AGNÈS
Et le pape voudra? n'est-ce pas?
PHILIPPE
Je suppose Que l'envoi du légat n'a pas une autre cause. Je cachais cet espoir, quand on pouvait douter ; Mais pourquoi le légat , si ce n'est pour traiter?
AGNÈS
Oui , c'est vrai 1 je le crois ! C'est chose bien prouvée !
— Pourquoi reviendrait-il? — C'est vrai 1 Je suis sauvée ! Je renais ; je respire avec ravissement.
Quand je songe... à mon Dieu I ... Mais le ciel est clément ; Il voulait m'éprouver par cette pénitence , Et ma docilité me vaut ma récompense.
— Quel bonheur 1 Te voilà ! Je te verrai demain , Après-demain , toujours !
PHILIPPE voyant entrer le Moine.
Ah ! le légat romain !