ACTE IV
Vous n'êtes que mensonge et que déguisements ! Puisque Agnès m'a trahi , toute femme est parjure.
— Ah ! je n'attendais pas cette dernière injure ! Ali ! c'est le coup mortel ! Venez , mes ennemis ! Je ne résiste plus , et tout vous est permis. Abandonné d'Agnès , il n'est rien qui m'étonne. — Agnès! Agnes !
AGNÈS
C'est faux ! qui ! moi ! je t'abandonne ! C'est faux ! je t'aime. — Enfin le silence est rompu. C'est assez m'efforcer ; j'ai fait ce que j'ai pu.
— Je t'aime. C'est trop peu , Philippe ; je t'adore. Je t'adorais heureux , malheureux , plus encore.
— Va, le pape peut bien lancer les interdits, Désoler l'univers , fermer le paradis ;
Il peut tout ; il est maître et du corps et de l'âme ; Mais il ne peut tarir l'aniour chez une femme.
— Je t'aime, entends-lu bien , d'un amour absolu. J'aurais voulu mourir pour toi ; j'aura's voulu
— Que Dieu qui nous entend pardonne ce blasphèmiî ' — Sacrifier pour toi jusqu'à mon salut même.
— Mon repos ! ce n'était qu'un motif supposé. Je savais que demain tu serais déposé ,
Et puisque mon exil assure ta couronne ,
Je m'exilais. — Voilà comment je t'abandonne.
l'iiiLi imm:.
Xoi)le Agnès!
AGNKS.
('lier Philippe !
178 AGNÈS DE MÉRANIK.
Et moi qui l'offensais !
Tu t'immolais pour moi (\\n te méconnaissais !
— Sois indulii;cnt(' ! Oublio un moment de délire ; Et ne me quitte plus jamais.
AGNÈS
Écoutez , Sire :
Je suis forte à présent ; cet aveu que j'ai fait A soulagé mon cœur du poids qui l'étouffait , Et je m'en vais moins triste , et presque heureuse même De vous avoir pu dire à quel point je vous aime. J'emporte cette joie aux pays éloignés , Que je vous suis connue , et que vous me plaignez ; Je me réfugîrai dans l'orgueil légitime D'avoir conquis l'amour d'un prince magnanime , D'avoir paru jilus tard digne de le garder, L'ayant pu coiuiuérir, et l'ayant pu céder.
— "S'ous, Sire, soyez roi. Considérez ([uOn blànie Le roi qui j)erd son Irène aux gcMioux d'une téuinie , Et qu'envers vous le blâme aura jilus de rigueur. Par le plaisir qu'on a d'insuller un grand cœur.
Or représentez-vous la mécluuite victoire
De tous les envieux qu'indigne votre gloire,
Si , par de fiers débuts , vous n'aviez préludé
Qu'à la piteuse fin d'un roi dépossédé.
No faites pas pitié , vous qui vous fîtes craindre ;
Que la liaine n'ait pas la douceur de vous plaindre.
Permettez-moi de fuir, sitôt le soir \enu :
Et faisons voir, tous deux , un courage inconnu ,