B AR B A ROU X
Tantôt il cherche l'ombre , et tantôt la lumière , Selon qu'il faut combattre, ou qu'il faut égorger, Présent pour le massacre , absent pour le danger.
— Dans les jours hasardeux où paraissent les braves , Lui , tremblant , effaré , se cache dans les caves.
Les caves d'un boucher et celles d'un couvent Pendant des mois entiers l'ont enterré vivant. Là , seul avec lui-même , aux lueurs d'une lampe , Devant l'encre homicide où sa plume se trempe , N'ayant d'air que celai qui vient d'un soupirail , Dix-liuit heures, i)(Miché sui' son affreux travail ,
Il entasse au hasard les visions qu'enfante
Dans son cerveau fiévreux cette veille échauffante ,
— Puis, un journal paraît, qu'on lit en frémissant, Qui sort de dessous terre , et demande du sang.
CHARLOTTE
Poursuivez; je vous prête une oreille attentive.
Cet étrange récit m'effraye et me captive.
Il semble que j'entends ces contes d'autrefois
Qui, pendant les longs soirs, font peur aux villageois.
BAR B.\ ROUX
Mais , le coml)at fini , c'est alors qu'il se montre ;
— C'est l'heure de la proie. — Alors, si l'on rencontre Un homme , les bras nus , le bonnet rouge au front , Sabres et pistolets pendus au ceinturon ,
Si cet homme applaudit , pendant que l'on égorge
Les malheureux vaincus dont la prison regorge ,
S'il excite au travail les assassins lassés ,
Qui laissaient choir enfin leurs couteaux émoussés ,
Si , tous les prisonniers hachés membre par membre ,
Il serre dans ses bras les héros de septembre ,
C'est Marat. — Quand le peuple , à qui manque le pain
Écoute aveuglément les conseils de la faim ,
Celui ([ui , dégradant les misères publiques ,
Pousse la nuiltitude à ])iller les bouti(|iios.
Celui (pii veut nioulrer, comme un épouvantail ,
Quelques marchamls de blé junidus à leur portail,
C'est Marat. — Quelquefois la triinme est souillée
Par un homme en casquette , en veste débraillée.
Qui S(> croise lis bru.';, et, d'un air oulragcnx ,