‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 213 sur 337 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Je veux que la misère écrase l'opulence , Que le pauvre à son tour ait le droit d'insolence , (Ju'on tremble devant ceux qui manqueront de pain, Et qu'ils aient leurs flatteurs, courtisans de la faim. Chapeau bas , grands seigneurs , bourgeois et valetaille ! Vos maîtres vont passer : saluez la canaille ! — Oh ! ce sont des plaisirs lentement savourés , Et qui compensent bien tant d'affronts dévorés , Que cet abaissement d'une classe arrogante , Se parant gauchement de la veste indigente , S'exerçant aux jurons , et , chute sans grandeur ! Des cris qu'elle déteste exagérant l'ardeur !

DANTON, éclatant enfin, aprjs avoir arpenté le théâtre a grands pas, . pemlautles dernières paroles de Marat.

Morbleu! — la liberté ne veut pas de despotes.

Chapeau bas, grands seigneurs! chapeau bas, sans-culottes !

Et saluez la loi, non les individus;

Car ce nest qu'à la loi que ces respects sont dus.

Le nouveau droit commun confond toutes les classes ;

Je ne distingue plus ni familles ni races;

Le peuple est tout le monde , et les nobles anciens ,

Tombes nobles , se sont relevés citoyens.

MARAT

Tu n'y comprends rien.

DANTO.N'.

Non ; je n"iii pas ce génie.

Je veux tmit simiilcnicnl hrisi'r la tyrannie; Qu'elle vienne d'en haut, qu'elle vienne d'eu bas, Elle est la tyrannie , et je ne l'aime pas.

C'est fort bien. Va du pauvre au riche que tu tlattes ; Prends-toi d'amour subit pour les aristocrates ; Va , va , ce n'est pas toi cpii les peux relever ;

— Prends garde de te perdre, en voulant les sauver;

Il passe devant Danton.

Quant au peuple, il saura se passer de ton aide.

— Tu m'as interrogé; je l'ai dit le remède...

Beau remède!

M A U A T , revenant vers la table.

Nommez sans délai , sans relard , Nommez un diclalour. — Demain sera lro[) tard. Le peuple vengera lui-même son injure , Et ce sera terrible alors, je vous le jure. Rien n'arrêtera plus l'effusion du sang ; Moi-même à la régler je serais impuissant. Le peuple, lirandissant le glaive de rarchange , Bavardez, dira-t-il , bavardez! — Je me venge. Et son glaive au fourreau ne sera pas remis, Qu'il n'ait exterminé ses derniers ennemis : Courtisans, financiers, acca})areurs , i»irales, Robins, calotins, bref, tous les aristocrates.

u se remet k marcher.

.-\ristocrafes ! bah ! vieux mol ! spectre abattu !

— Où sont-ils? qui sont-ils? à ((uoi les connais-ln?

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