‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 24 sur 337 · BRUTE, TULLIE · texte numérisé non relu

BRUTE, TULLIE

BRUTE

Qu'en pensez-vous , Tullie ?

Trouvez-vous que ce soit assez être avilie ? Qu'espérez-vous encor qui soit plus infamant ? Ne vous suffit-il pas des mépris d'un amant? Et pour rassasier un cœur comme le vôtre , Vous faut-il essayer des mépris de quelque autre ? — Dites-moi donc, Tullie : est-ce là le tableau Que devait éclairer le solennel llambeau ? Est-ce donc pour cela qu'à la main du llamine Vous avez présenté le gâteau de fariue ,

Et, qu'oUVaiit à Jiinon des victimes sans liel, Vous l'avez alleslée, aii-devant de raiilel? Quand , la tète voilée et ceinte de verveine , La robe jointe au corps par un bandeau de laine , La quenouille à la main , vous avez jténétré Au delà de ce seuil à Yesla consacré , Aviez-vous résolu d'en chasser la déesse Par l'impie appareil de votre folle ivresse ?

— Si le ciel, qui voulut affaiblir ma raison, M'interdit de régir moi-même ma maison , Deviez-vous pas bien mieux soigner d'un œil austère L'honneur dont vous étiez seule dépositaire ?

Et combien votre nom serait-il rehaussé

Si vous aviez vécu pour le pauvre insensé !

C'était là le sujet d'une gloire suprême ,

Et vous vous la deviez , si ce n'est à moi-même.

Vous pouviez surpasser Lucrèce ; comparez

Quelle vous pouviez être et (|uelle vous serez.

— Agsez de honte ainsi ! (pie tout cela finisse !

Il n'est plus ([u'un moyen qui vous en affranchisse. Tullie , écoulez-moi. Ce que je vous dirai Par la seule pitié m'est pour vous inspiré. Vous m'êtes , quant à moi , tellement étrangère Que mon indifférence a tué ma colère , Et j'ai de toute aigreur fait un tel abandon Que l'extrême dédain remplace le pardon. Prenez donc mon conseil comme je vous le livre , Et vous verrez après si vous le devez suivre.

— Moi , si j'avais commis quelque indigne action , Je chargerais mon bras de ma punition ; ,)"exj>frais mon i'urfail par un (ier sacrilice ,

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