LES MÊMES, HORACE
Lyilie , assise , arrange sa couronne, et remet ses bagues. Elle feint de ne p.is voir Horace, qui s'approche doucement et lui dépose un baiser sur le rou.
L\ D I E , feignant la surprise.
Ail ! — Huoi 1 c'est vous , Horace !
HORACE
Horace , votre esclave , Plus heureux d'être ici que d'être chez Octave.
Beroé se retire dans le cabinet de toilette, dont la porte reste ectr' ouverte. LYDIE,
C'est d'un bon amoureux, mais d'un froid courtisan. Parleriez- vous ainsi, César étant présent?
Horace loi prend la main, et lui entoure la taille d'un bras.
Laissez. Vous dérangez ma tunique.
Rebelle 1 Pourquoi donc aujourd'hui si farouche — et si belle ?
— Pour qui cette parure? Msi-cc pour moi?
LY 1) lE.
Pour VOUS?
Pas tout à fait. Le ciel est pur, l'air est très-doux ; Tous les beaux sont déjà sur la w'ie Appienne ; J'allais montrer un peu ma robe assyrienne.
— Que vous en semble?
HORACE
i\Iais il me semlihiit à moi Que vous m'aviez donné rendez-vous.
LYDIE, ayant l'air de se souvenir.
Oui , ma foi.
— Eh bien ! aimez-vous mieux , alois , (pie je demeure?
IIORACli.
Eli ! sans doute !
LYDIE
J'ai cru que vous oubliriez l'heure.
HORACE
0 Dieu ! je ne songeais qu'au rendez-vous.
LYDIE
Menteur 1
HORACE
De l'heure qui tardait j'accusais la lenteur.
LYDIE
Vrai ?
HORACE
Mécène m'attend ; que Mécène m'attende!
J'accours chez ma Lydie , où l'amour me demande.
LYDIE
Vous en repentez-vous ?
HORACE
Je me suis repenti De m'ennuyer, jamais de m'ètre diverti.
Le Falerne enivrant coule à tlots chez Mécène.
370 UNE ODE D'HOKACE.
Il or. A CE.
J'aime mieux m'enivrer de ta plus douce haleine.
LYDIE
Mécène vous eùl dit les nouvelles du jour ; Et moi je ne sais rien, sinon parler d'amour.
Et voilà justement la science suprême.
Le bonheur est d'aimer et de dire qu'on aime. Les doux chuchotements qui s'éveillent la nuit , La main mal dérobée au baiser qui la suit , Voilà les jeux charmants , et la fête éternelle Qui ne lasse jamais, toujours vieille et nouvelle. Toi , Mécène , chargé du poids de nos destins , Tu veilles sur l'empire et les peuples lointains ; Tu prépares notre aigle aux guerres que projette LeCantabre indocile ou l'errant Massagète. Mais quoi? Les dieux prudents nous voilent l'avenir Quel lendemain suivra le jour qui va finir ? Nul ne sait ; y songer est un souci frivole. Cependant le temps fuit ; la jeunesse s'envole , Emportant avec elle et les joyeux discours , Et le sommeil facile , et l'âge des amours. Donc , ]iuis(iue la jeunesse est chose si légère , Cueillons, quand il est temps, cette fleur passagère. Le sage , ô ma Lydie , obéissant aux dieux , Jouit do leurs bienfaits (pi'on regrette étant vieux ; Il est content , s'il tient des muses de la Grèce .Un souffle , tout léger, pour chanter sa maîtresse ;