‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 245 sur 337 · SCENE II. 37a · texte numérisé non relu

SCENE II. 37a

Répète-le ; redis-le-moi sans cesse.

HORACE

Quand mon cœur brûlera pour une autre maîtresse , On verra le Bouvier, connu des matelots , Abandonner le pôle et plonger dans les flots.

LYDIE

Le zéphyr soufflera du côté de la Thrace , Avant qu'un autre amant succède à mon Horace.

HORACE

Mettez-moi sur les bords glacés du Pont-Euxin , Ou sous le char brûlant du soleil trop voisin , Partout je t'aimerai , toi pour qui je respire , Lydie au doux parler, Lydie au dou.v sourire.

LYDIE

Oh ! les tendres discours 1

HORACE

Oh ! les aveux charmants !

LYDIE , prenant les tablettes d'Horace.

Laisse-moi sur la cire écrire nos serments. — Donne.

HORACE, retenant SCS tablettes.

Mais... non.

Voyons.

Pourquoi ?

Il ou ACE?

La cire est barbouillée.

LYDIE

HORACE

C'est une ébauche à peine débrouillée.

LYDIE

C'est égal. Je veux voir. — Pour (|ui ces vers ?

H ou ACE.

Pour toi.

LYDIE

Bien sûr?

H ou A CE.

Et pour quelle autre ?

LYDIE

Alors montiv-les-nioi .

H O U A C E , à part.

Ail ! diantre !

Ilnut.

.l'aime mieux te les lire nioi-nième.

Mes vers balbutiés me fonl un mal extrême.

Il lit. — Lydie l'écoute , appuyée sur son épaule.

Compagnons du printemps, les zéphyrs ont soufflé

Dans les voiles tendues ; Le Tibre, qui se tait, ne roule plus enflé

Par les neiges fondues.

Dans les prés amollis la nouA'elle saison

Épaissit l'herbe fraîche , Et déjà le troupeau, qu'invite le gazon.

Se plaît moins dans la crèche.

Déjà, d'un pied joyeux, Vénus conduit les chœurs

De la ronde commune Où la nymphe , et la grâce , unie à ses deux sœurs ,

Dansent au clair de lime.

Le soleil nous ramène avec les jours brûlants

La soif que rien n'apaise.

Couchons-nous sous ces pins ou ces peupliers blancs,

Pour y boire à notre aise.

Esclave, rafraîchis ce Falerne échauffé.

Là-bas, dans l'eau courante.

Puis apporte des fleurs. J'aime à boire , coiffé

De la rose odorante.

Toujours ne dure pas la gloire du printemps

Dont s'honore la rose.

A quoi bon les soucis, quand, pour si peu d'instants.

Il faut si peu de chose !

Bacchus verse l'oul^li des chagrins. Évohë I

— Esclave , écoute encore :

Dans son réduit connu va-t'en chercher Lydie.

C'est Lydie que j'adore.

LYDIE

Ah ! que c'est donc joli ! — !e dernier vers surtout. — Fais voir.

HORACE

Mais non.

LYDIE

Mais si. Je le veux !

HORACE

Point du tout 1

LYDIE

Elle arrache los tablettes i Horace.

Si fait ! — Ah ! je les tiens.

HORACE

Tu ne pourras pas lire.

LYDIE

J'essaîrai.

HORACE, à part.

Je suis pris.

LYDIE, appelant Berot' et lui montrant une lyre pendue à la muraille.

Beroé , prends la lyre.

Jeu muet d'Horace, qui veut reprendre les tablettes , et do Lydie, qui les cache dans son sein.

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