PROLOGUE
MINERVE
Je te comprends, Ulysse, et je lis dans ton âme : Tu veux m'interroger sur ton lils et ta femme.
ULYSSE
Oui , Déesse.
MINERVE
Va-t'en , par delà ces rochers, Dans l'enclos où se tient le chef de tes porchers. Là-bas, où vers le bois s'élève une fumée, C'est là qu'est la maison de ton fidèle Eumée. Il t'aime avec tendresse , et, d'un œil vigilant, Prend soin que tes pourceaux ne manquent pas de gland.
— C'est lui qui te dira ce que tu veux apprendre.
ULYSSE
Pour([uoi pas vous, Déesse? — 11 est cruel d'attendre.
MINERVE
Près d'un simple mortel et dans un autre lieu , Tu poux t'en enquérir, sans le secours d'un Dieu, .le n'iiitorvicus jamais, dans l'humaine fortune, Aux choses où suKit la prudence commune.
— Or, écoute-moi bien.
ULYSSE
J'écoute.
MINERVE
Il faut cacher Soigneusement ton nom même à ce bon porcher.
40 ULYSSE
Prends garde, et ne te fais connaître dans Ithaque A personne, hormis à ton fils Téléinaque. Sache que, non content de tes anciens travaux , Le destin te condamne à des dangers nouveaux. Tu devras redoubler de ruse et de constance ; ■Encor périrais-tu sans ma prompte assistance.
ULYSSE
Ces dangers, où sont-ils?
Au sein de ta maison.
Garde-toi d'une embûche, et crains la (lahison.
Déesse, quels mallieurs me faites-vous comprendre? Que vais-je voir d'IiorribU'? A quoi dois-je m'attendre? Un honteux adultère a-t-il souillé mon nom? Dois-je subir chez moi le sort d'Agamomnon?
MINERVE
Nous vaincrons, je l'espère, en usant de prudence.
— Voici ce dont je puis te faire confidence : Chez toi des ennemis saccagent tes trésors ; Pénètre au milieu d'eux , sous quelque faux dehors, Et là ne t'émeus pas d'un coup ni d'une injure, Mais soutiens lem-s affronts sans clianger de figure.
— Pour le mieux traveslir et tromper fous les yeux , .le te \ais ti'ansforiner en hommo i)auvre et vieux.
— Caclions au[)aravanl, de peur ipi'on ne les preiuie, Cet or et ces habits dans l'ombre souterraine.