ACTE I. 1o
Il agite la queue ; — Il voudrait s'approcher ; Il tombe.
EUMÉE
Il est si vieux qu'il ne peut plus marcher.
LE SERVITEUR
Quel est ce mendiant? le connaissez-vous, maître? C'est étrange qu'Argos ait l'air de le connaître.
EUMÉE
Bah! l'on sait que le chien radote en vieillissant. SCÈNE II.
Les Mêmes, ULlbSll en vieux mendiant , le t)âton à la main et la besace sur le dos.
ULYSSE, (entrant dans la cabane, et s'arri-tant sur le seuil en regardant toujours le chien.
II est mort! — Mort de joie en me reconnaissant.
— Ah! Minerve a bien su me changer pour les hommes, Maisnonponrmon vieux chien, meilleurquenousnesommcs
— Pauvre Argos! je n'ai pu — j'en ai comme un remord — Te faire une caresse avant que tu sois mort.
n essuie une larme .
Pauvre Argos!
Il fait quelques jas vers Eumée.
Mon ami, tu dois aimer la chasse, Car j'ai vu sur ton seuil on chien de noble race; J'ai vu d'autres limiers, et je suis connaisseur; Mais celui-là surtout m'a paru fin chasseur.
16 ULYSSE
Oui, oui, vraiment, c'était un chien de noble race, Qui lançait bien un cerf et suivait bien sa trace. Je voudrais voir autant d'urnes dans mes celliers Que ce chien a lancé de cerfs dans les halliers.
ULYSSE
Rst-il à toi?
Son maître ayant quitté cotte île.
J'ai recueilli son chien qui n'avait plus d'asile. — .Mais toi, vieillard, pourquoi dans les champs d'alentour nôdes-lu, solitaire, à la chute du jour?
ULYSSE
Mon ami, la misère est la loi la plus forte; C'est elle qui me pousse ainsi de porte en porte.
EUMÉE
Tu n'as donc point, vieillard, de fils laborieux? Car le fils doit nourrir son i)ère infirme et vieux.
ULYSSE
J'en avais un ; — j'en fus séparé do bonne heure.
EUMÉE
Tu n'as donc point d'amis qui t'ouvrent leur demeure?
ULYSSE
Cliangé, comme je suis, par l'âge et le regret. Aucun de mes amis ne me reconnaîtrait.