ACTE I
EUMÉE
Est-ce un Dieu courroucé qui t'a fait misérable, Pour te punir ainsi d'une action coupable?
ULYSSE
Les Dieux de leurs arrêts nous dérobent le sens, Et souvent leur rigueur frappe les innocents.
EUMÉE
Je déclare, vieillard, que ton malheur me touche ; Le pain que l'on mendie est amer à la bouche.
ULYSSE
Il est vrai qu'il est dur de mendier; il faut
Subir les vents glacés ou le soleil trop chaud ,
Cheminer à travers les pierres et les ronces,
Et craindre, en arrivant, de mauvaises réponses;
Mais on trouve parfois des hôtes généreux,
Et l'espoir d'un bon vin soutient le malheureux.
EUMÉi:.
Mon hôte, on doit toujours accueillir avec joie Le |>auvr,3 et l'étranger ipie .lupiter envoie ; Eussent-ils des habits plus mauvais (pie le lien, En leur fermant sa porte on n'agirait pas bien.
U va au-devant d'Ulysse.
— Entre donc plus avant. — Ma cabane est petite; Mais l'étranger est sur d'une table et d'un gîte. Dé[)ose la besace, — et t'assieds en repos Sur ces feuillages secs, cpii sont couverts de [le^iux.
18 ULYSSE
— Voici les restes froids du dîner de la veille, Et des morceaux de pain au fond de la corbeille. Ce vase contient l'eau mêlée avec le vin.
Mange et bois à ton gré. — Quand tu n'auras |)lus faim , Tu diras d'où tu viens, de quel nom tu te nommes, Quels malheurs t'ont contraint d'errer parmi les hommes.
ULYSSE, assis et mangeant.
Ami, que Jupiter exauce tes souhaits.
Pour m'avoir accueilli si bien que tu le fais!
— Mais, dis-moi, j'aperçois des murs de pierres sèches Entourant une cour où sont de belles crèches ,
.le vois des serviteurs revenant du dehors , Qui ramènent ici jilusieurs troupeaux de porcs.
— As-tu donc tant de biens, mon clier hôte? ou peut-être Es-tu le serviteur de quelque puissant maître?
Et je t'en prie, alors, dis-moi quel est celui
Qui voit tant de bergers et de troupeaux chez lui.