‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 273 sur 337 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Eût noyé dans la mer de Crète Et l'amante et le ravissem'!

La jeune épouse abandonnée.

Foulant sa robe d'hymi-née, Ne pleurerait pas son mari; Et le vieillard, d'un œil inerte.

N'eût pas vu sa maison déserte , Où son premier-né fut nourri!

ULYSSE, à Eumce.

Ami, quel était donc ce riche et vaillant homme

Dont tu pleures la mort? dis-moi comme il se nomme;

Car je l'ai vu peut-être aux lieux où j'ai passé,

Et je pourrai te dire alors ce que je sai.

Tel que l'on croyait mort est plein de jours peut-être ;

C'est quand on l'a pleuré qu'on le voit reparaître.

0 vieillard, ne crois pas nous abuser. Souvent

Des voyageurs ont dit quiUiysse était vivant ;

Car tous les étrangers sont [)rodigues de fables,

Pour être bien reçus et se rendre agréables.

Ma maîtresse écoulait leurs récits mensongers,

Puis de riches présents chargeait ces étrangers ;

Et peut-être veux-tu tromper aussi la veuve,

Pour troquer tes haillons contre une robe neuve.

Mais Ulysse est bien mort, et, privés d'un tombeau,

Ses restes ont servi de pâture au corbeau.

C'est un deuil pour tous ceux qui l'avaieiit pu connaître,

Et plus eiicor poiu- moi (pii [«-rds un si bon maître.

— Mais bois en paix. — Les morts ne peuvent revenir. —

Bois, et n'éveillons plus ce triste souvenir.

22 ULYSSI'.

ULYSSE

Ami , quand tu devrais les prendre pour des fables, Je te dirai pourtant des choses véritables. Je fais serment, et prends Jupiter à témoin Qu'Ulysse vit encore et même n'est pas loin.

Mouveaient parmi les porchers qui se rapprûcuent d'Ulysse.

Je l'ai vu de mes yeux au pays des Thesprôtes ;

— Car la nef où j'étais échoua sur leurs côtes, Et je trouvai chez eux des hôtes complaisants Qui , m'ayant accueilli , me firent des présents.

— Or, Ulysse était là; je le vis en personne. Il avait consulté l'oracle de Dodone,

Et préparait déjà, pour revenir chez lui,

Ses vaisseaux qui sans doute ont fait voile aujourd'hui.

— Tiens donc pour assuré, si le vent est propice, Qu'avant la fin du mois tu reverras Ulysse.

LE CnOEUB '.

Écoute ce vieillard, Eumée. Il n'a pas l'air

D'un menteur ; il a pris à témoin Jupiter.

Pour moi , je crois vraiment qu'il a vu notre maître.

Et je sens dans mon cœur l'espérance renaître.

EUMÉE

J'ai tant vu d'étrangers qui nous parlaient ainsi !

LE SEnviTEUU.

|)"auti(.'S ont pu mentir li non pas celui-ci.

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