ACTE II
EURYCLÉE, à Ulysse.
Ah! je vous reconnais à cette cicatrice!
0 ciel!... ah! mon cher fils!... ah! vous êtes Ulysse!
ULYSSE , lui fermant la bouche de la main droite, et de la main gauche l'attirant à lui.
Chut!... Ne me perds pas, toi, qui m'as donné ton lait! Ne dis rien ; — laisse agir les Dieux comme il leur plaît.
Euryclée lui baise les mains , puis , sans rien dire , lui essuie les pieds et les parfume avec des essences.
LE CHOEUR, à Pénélope*.
ous quitterez Ithaque et ses fertiles plaines ,
Et cette chambre antique où vous filiez vos laines,
Pour un foyer lointain.
Votre nouvel époux sera méchant peut-être; Il va vous maltraiter, et vous parler en maître,
D'un ton dur et hautain.
PÉNÉLOPE
Plutôt, plutôt la mort que cet affreux destin!
ULYSSE, s'approcbant de Pénélope.
Toute femme regrotte, en sa douleur amère. L'époux qui la prit vierge et qui la rendit mère ; Reine, j'aurais donc tort de blâmer vos regrets. Pourtant cessez vos pleurs qui flétrissent vos traits. D'un assez long chagrin vous avez fait la preuve; Vous pouvez aujourd'hui quitter l'habit de veuve.
66 ULYSSE
Mariez-vous ; prenez un époux jeune et beau. Ulysse est mort. — On dit qu'on a vu son tombeau.
PÉNÉLOPE
N'importe 1 s'il est mort, je me garde à sa cendre.
Tout à l'heure pourtant vous sembliez vous rendre.
PÉNÉLOPE
C'était pour les tromper et pour gagner du temps ; Car j'évite avec soin des refus irritants. Sans défense, et n'ayant d'autre arme que la ruse, Je feins de consentir, puis j'invente une excuse.
— Mais je suis résolue à ne jamais céder.
ULYSSE
Noble femme! vraiment, j'aime à vous regarder. C'est beau de vous voir, faible , à vous même réduite, De cent chefs réunis éludant la poursuite, Apaisant leur colère, amusant leur ardeur. Victorieuse enfin par la seule pudeur !
PÉNÉLOPE
Hélas 1 je suis au bout de tous mes stratagèmes.
ULYSSE
J'en trouve un que les Dieux me suggèrent eux-mêmes.
— Ulysse, — ce propos me revient aujourd'hui, — ^tl'a parlé d'un granil arc qu'il a laissé chez lui , I^equel était si raide et diflicile à tendre ,
Que nul autre que lui ne pouvait y prétendre.