ACTE III. 5a
Dissipant les ardeurs du céc-ube emi^aumé ,
Fait jouir plus longtemps de Bacchus désarmé ;
Soit que Vénus , penchant sa robe dénouée ,
Le verse dans le sein d'une amante enjouée.
J'aime tout ce qui plaît; — si bien qu'en vous aimant
Je me laissais aller à cet entrainement.
Mais je n'eus pas l'idée alors , qu'il m'en souvienne ,
D'engager à jamais voire vie et la mienne.
Je me peignis l'amour, non pas voilé de pleurs ,
Mais joyeux , souriant et couronné de fleurs ,
Libre d'un joug pesant et d'une rude chaîne ,
Fu\ant l'éternité qui ne sied qu'à la haine ,
Et suivant son caprice , et , toujours jeune et beau ,
Fier du plaisir ancien en courant au nouveau.
— Vous-même , il me sembla qu'un premier esclavage Vous devait détoiuner d'un autre apprentissage ,
Et que c'était assez des fers de votre hymen , Sans attacher le cœur comme le fut la .main. Je le croyais ainsi , TuUie , et l'apparence Venait entretenir en moi celte assurance. Vous n'aviez pas ce front soucieux et chargé Qui décèle un esprit sourdement ravagé ; On ne vous voyait pas , dans une solitude , D'un sein tumultueux cachant l'inquiétude ; Mais , généreuse hôtesse , à tous vos conviés Accordant tour à tour vos regards enviés , Animant chaque fête , et , la face sereine , Présidant aux festins dont vous étiez la reine.
— Hier même , quand les luths , les chants et les propos D'un bruit accoutumé réveillaient vos échos,
On neùl pas do\iné
Que faisais-je donc , tiaitre , Si ce n'est l'obéir? — L'oses-tu méconnaître? Pour qui tous ces repas prolongés dans la nuit? Pour qui tous ces parfums, tous ces chants, tout ce bruil ? Dis : Était-ce pour moi ? — J'en étais obsédée. N'est-ce donc pas toi seul qui m'as persuadée? Je t'ai trop écouté ; sans toi , sans tes discours , Je connaîtrais la paix c[ui fait les heureux jours ; Je saurais quels plaisirs habitent la retraite , Et si l'humble existence a sa douceur secrète.
— 0 paix que j'ai perdue ! ô calme que j'ai fui ! Qui donc vous a fermé mon cœur? n'est-ce pas lui?
— Oui, c'est toi. Vers ton but dirigeant ma faiblesse , Tu m'as conduite au crime à travers la mollesse ; Tes conseils corrupteurs préparaient ton pouvoir ; Tes désirs m'attendaient au sortir du devoir ;
Et par de simples mœurs me craignant vertueuse , Tu m'espérais coupable à me voir fastueuse. Ton espoir est rempli ; le bruit et la splendeur Ont chassé le travail gardien de la pudeur. Et tu viens maintenant m'en rejeter le blâme !
— Va , j'avais déjà lu dans le fond de ton âme ;
Tu cherchais un prétexte ; et tes yeux , pleins d'ennui , M'avaient su présager cet affront d'aujourd'hui.
— Comme il me déchirait ! comme il m'a fait entendre , Si je doutais encor, ce que j'en dois attendre î
Ainsi , j'ai tout bravé ])our lui jilaire . à ce point Que l'œil d'un fou sCmeut d'en être le témoin ; Je fais rougir un l'on ; ma honte est son ouvrage ,