ACTE I. Il
— L'autre ignorait Vénus , mais d'une main avide , La face tour à tour enflammée ou livide , Déposant pour enjeu l'or de son bracelet , Interrogeait les dés ou jetait l'osselet.
— Vous seule enfin , vous seule , à ce luxe étrangère , Vous vous êtes montrée en sage ménagère , Diligente , excitant vos femmes du regard ,
A leurs humbles travaux vous-même prenant part ,
Veillant de chastes nuits au foyer, dont vous faites
Un lieu religieux et non un lieu de fêtes ,
Et prouvant qu'un grand cœur sait user des loisirs
Au profil du devoir et non pas des plaisirs.
Votre vertu retombe en honte sur les nôtres ,
Et votre honneur s'accroît du déshonneur des autres.
Sextus s'est levé , sur ces derniers mots. Lucrèce et les autres
personnages se lèvent également.
Seii'neur !...
Oui , Collatin a gagné le pari.
Gloire à Lucrèce ! et joie à son heureux mari !
Pour trop pou de vertu la louange est trop haute , Et le blàmo , seigneur, est trop vif pour la faute. A juger par l'aspect bien souvent on confond ; Quel que soit le dehors , l'honneur peut être au fond.
SEXTUS
C'est peu de triompher, vous êtes généreuse.
COLLATIN
Je marquerai de blanc cette journée heureuse.
— Maintenant qu'avec soin des lits soient préparés,
Afin de recevoir mes hôtes honorés ;
Et qu'un calme sommeil , après ce long voyage ,
Assouplissant leur corps , répare leur courage.
Mais il convient d'abord qu'un abondant festin
Les dispose à dormir en paix jusqu'au matin.
Ils sortent par uiu' des portes tlu fond. Lucrî'fe fait sortir ses femmes par la porte latérale à gauche , et se trouve seule avec Brute , resté un peu en arrière des autres. Elle l'arrête au moment où il va franchir le seuil.