‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 60 sur 337 · AGNÈS, MARGUERITE · texte numérisé non relu

AGNÈS, MARGUERITE

M A U G U E n I T E , assise aux pie.is .l'Agnes. Elle liile roman do Lancelot du Lac.

« Ail ! dit alors la reine ! ah ! je vous connais bien : « Vous êtes Lancelot. — Mais il ne répond rien. « — Pour (jui donc fites-vous tant d'armes ? reprit-elle. « Je sais bien que c'était pour quelque demoiselle ; « Maisdites-moi pour qui? — Pour vous, dame. — Pour moi ! « Et la reine Genièvre en est joyeuse en soi. « D'où vinrent ces amours qu'en moi vous avez mises? « — Elles vinrent de vous , qui les avez permises.

98 AGNES DE MEKAME.

« Si \ ous ne lavez dit pour vous moquer, un joui-

« Vous avez fait de moi votre servant d'amour.

c( Je vous disais : Adieu , dame ; toute ma vie .

« Je voudrais vous servir, si c'était votre envie ;

« Adieu, beau doux ami, m'avez-vous répondu.

« Adieu 1 beau doux ami 1 je l'ai bien entendu ,

« En tout événement , j'en ai gardé mémoire ;

« Ce mot dans tout combat m'a donné la victoire :

« Dans tous mes déplaisirs ce mot m'a consolé ,

« M'a guéri de tous maux , de tous biens m'a comblé ;

« Enfin , s'il plaît à Dieu qu'un jour on me renomme ,

« C'est ce bienheureux mot qui m'aura fait preud'homme ! »

0 les nobles discours! l'entretien gracieux '. Marque-moi cet endroit , que je le lise mieux. — Comme ces chevaliers étaient preux et fidèles ! Comme ils méritaient bien d cire aimés des plus belles! Qu'il est doux d'écouter ces récits du vieux temps , Quand on peut ramener sur soi des yeux contents ! Car, si l'âge passé produisit des mer\ cilles , Le nôtre, Dieu merci, nous montre les pareilles, Et quoi qu'aient accompli les héros d'autrefois . Mon Philippe, à lui seul, les vaut tous à la fois. Oui , jjrends les paladins les plus fameux du monde . Ceux de la cour de France et de la Table-llonde . Choisis les plus vaillants et les plus généreux , Et dis s'il n'est pas vrai qu'il l'emporte sur eux''

M.\n c. y i:n itk.

Oh ! c'est bien vrai. — Pour moi, j'ai mis ma |)r(''férence

Sur Hootor le Troyen , et sur Roland de France ;

Mais , il faut Favouer, notre sire est encor

Plus vaillant ([ue Roland , et plus courtois qu'Hector.

Et c'est peu qu'en vaillance il ne cètle à personne ; 11 faut voir de quel air il porte la couronne ! On sent bien ({u'il est né pour imposer sa loi ; (^e n'est pas seulement un héros , c'est un roi ; Et , quand il a dicté sa volonté suprême , Il s'assied à mes pieds , comme tu fais toi-même ; Son front majestueux , plein d'un royal souci , Par mon premier sourire est soudain éclairci ; Il fait ce que je veux ; il me nomme sa reine ; Ce lion formidable est docile à ma chaîne ; Et , nouvelle Genièvre , il me suffit d'un mot Pour enchanter le cœur d'un nouveau Lancelot. 0 Marguerite 1 — enlin ma fortune m'effraie ; Je n'ose pas encor croire ([u'elle soit vraie, .le n'ai pas mérité ce bonheur surhumain , C'est (me erreur du sort, ([ui peut linir demain.

MAROLERITK.

Non , ce n'est que justice , ô chère dame ! Aucune N'est plus digne (jU9 vous d'une telle fortune. Lt's bénédictions des cœurs que vous gagnez Témoignent as-ez haut qu'à bon droit vous régnez , Et le sort n'eût i)u faire un choix plus légitime (Juc d'unir la mcillciuT cl le plus magnanime.

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