‹ Theatre complet de F. PonsardChapitre 62 sur 337 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Redis-moi quelle fut sa plus belle victoire.

f— Mais, pauvre enfant , toujours je te parle de lui ,

Et pour d'autres que moi c'est peut-être un ennui.

Que ne peux-tu bientôt connaître par toi-même ,

Marguerite , l'orgueil de vanter ce qu'on aime !

Car nous échangerions de plus longs entreliens ,

Si par tes sentiments tu comprenais les miens.

J'aurais à qui parler de ma joie abondante;

Je serais , à mon tour, docile confidente ;

— Et voyons , réponfis-moi comme à ta bonne sœur :

A songer à (pielqu'un n'as-tu point de douceur?

MARGUERITE

Je songe à vous , Madame , et ne songe à nul autre , Et ma vie est heureuse à l'ombre de la vôtre. Que [»uis-je désirer auprès de vous ? Mes jours , Remplis d'amusements , me paraissent trop courts. Tantôt , dans les tournois , à vos côtés assise , Je vois ceindre un vainqueur de l'écharpe conquise ; Tantôt nous poursuivons les daims par les forêts ; Nous lâchons le faucon sur l'oiseau des marais ; Ou nous allons cueillir, dans les lieux solitaires , Los simples renommés pour leurs sucs salutaires ; Et , là , vous m'enseignez quels herbages pressés Composent l'appareil qui guérit les blessés ; Puis ce sont les romans dont je vous fais lecture , Les chants des ménestrels , les conteurs d'aventure , Et tout ce bruit joyeux , et tout ce mouvement , Qui font de votre cour un lieu d'enchantement. Moi, qui flans mon manoir jusqu'ici renfermée , N'y voyais que les murs d'une sa^le enfumée ,

Mêlée à ces splendeurs qui vous suivent pailoiit Madame, je m'étonne et m'amuse de tout , Et ne demande à Dieu , par prières ferventes , Que de me maintenir au rang de vos suivantes.

Oh ! nous ne voulons pas que tu sois toute à nous , Et verrons un rival d'un regard peu jaloux. Va , nous saurons choisir, ma belle Marguerite , Un preux qui porte aussi ta couleur favorite , Et consacre à sa dame , invoquée après Dieu , Sa pensée en tout temps , ses exploits en tout lieu. — Mais le Roi ne vient pas ! — Lis encore.

mau(;i;eritk , \h.un.

« Beau sire , u Fit la reine, ce mol ne voulait pas tant dire ; « C'est façon de parler dont on use souvent , « Et je ne pensais pas à mal en m'en servant. « Mais telle est votre ruse : auprès de mainte dame , « Vous feignez un souci ijui n'est point dans votre Ame, « — Or, elle savait bien qu'il ne le feignait pas ; « Mais elle avait plaisir à voir son embarras... »

AGNÈS

Ah ! c'est le Roi !

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