‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 114 sur 138 · SCÈNE PREMIÈRE Le peince, MARINELLI · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE Le peince, MARINELLI

maeinelli. Inutile : il refuse avec le plus grand dédain l'honneur offert.

le peince. Ainsi les choses en restent là? Ainsi, point de remède? Ainsi Emilia sera à lui aujourd'hui même.

maeinelli. Selon toute apparence.

le peince. Je m'étais beaucoup promis de votre imagination. Qui sait quelles sottises vous aurez faites dans cette circonstance?.. . Quand par hasard le conseil d'un fou est sage, il faut en confier l'exécution à un homme sensé. J'aurais dû y songer...

marinelli. Voilà pour moi une jolie récompense?

le peince. Et à propos de quoi une récompense?

maeinelli. A propos de ce que je voulais faire de ma vie un rempart pour l'empêcher... Quand je vis que ni paroles sérieuses, ni railleries ne pouvaient engager le comte à sacrifier son amour à son hoaneur, j'essayai de le mettre sous les armes. Je lui dis des choses telles qu'il s'oublia. Il me jeta une offense... je lui demandai satisfaction sur l'heure même... Je pensais : il me tuera ou je le tuerai. Si je le tue, le terrain est à nous. S'il me tue, c'est la même chose : il devra fuir, et le prince gagnera au moins du temps.

le peince. Vous auriez fait cela, Marinelli?

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MAErN'ELLi. Ah! On devrait savoir, avant d'être assez fou pour se sacrifier pour les grands... on devrait savoir d'avance comment ils vous en seront reconnaissants.

lepeesce. Et le comte?... Il a la renommée de ne pas se faire dire ces choses-là, deux fois.

MABDTEiiiii. Selon l'occasion, sans doute?... Il aura pensé, — qui pourrait l'en blâmer? — qu'il avait aujourd'hui quelque chose de plus important à faire que de se couper la gorge avec moi. Il m'a ajourné à huit jours après le mariage.

le peixce. Avec Emilia Galotti? Cette pensée me met hors de moi. Sur ce, vous croyez que c'est bien et que cela va... et vous venez vous vanter de m'avoir fait de votre vie un rempart , de vous être sacrifié pour moi...

maeixelli. Mais que vouliez-vous, monseigneur, que je fisse de plus ?

le peinte. Que vous fissiez de plus?... Comme s'il avait fait quelque chose !

maeixelli. Mais veuillez me dire, monseigneur, ce que vous avez fait pour vous-même. Vous avez eu le bonheur de l'entretenir à l'église, que lui avez-vous dit?

le pedsCe (moqueusemeiit). La curiosité me plaît!... Je vais la contenter... Oh! Tout m'est venu à souhait. Inutile de vous donner tant de peine plus longtemps, mon trop serviable ami. Elle a fait au devant de mes vœux plus de la moitié du chemin. J'aurais même pu sur-le-champ l'emmener avec moi. {Froidement et impérieusement.) Maintenant vous savez ce que vous vouliez savoir, vous pouvez vous retirer.

marixelli. Vous pouvez vous retirer! Oui, oui, c'est le refrain ! Et il en serait de même, quand j'allais tenter l'impossible?... Ai-je dit l'impossible?... C'était moins impossible qu'audacieux ! Si nous avions la fiancée en notre puissance, je suis bien persuadé qu'il n'y aurait plus de mariage.

le PEixcE. Eh! pourquoi cet homme ne veut-il pas répondre de tout? Je lui donnerais un piquet de mes

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gardes du corps, il se placerait avec eux en embuscade sur la grand'route; il attaquerait avec cinquante hommes une voiture, il en tirerait une jeune fille qu'il me rapporterait en triomphe.

maeinelli. Il vaudrait mieux enlever de force une jeune fille, sans que cela eût l'air d'un violent enlèvement.

le prince. Si vous saviez vous y prendre ainsi, vous ne commenceriez pas par tant en parler.

maeinelli. Mais on ne pourrait pas répondre du dénoûment ; il pourrait arriver quelque accident.

le peince. Est-ce mon habitude de faire retomber sur les gens la responsabilité des choses auxquelles ils ne peuvent rien.

maeinelli. Eh bien, monseigneur... (On entend au loin un coup de feu.) Ah! qu'est-ce là? Ai-je bien entendu? N'avez-vous pas entendu aussi, monseigneur, résonner un coup de feu?... Encore un autre!

le peince. Qu'est-ce là? Qu'y a-t-il?

maeinelli. Qu'en pensez-vous? Si j'étais plus actif que vous ne croyiez ?

le peince. Plus actif? Parlez.

maeinelli. Bref, ce que je vous disais, est fait.

le peince. Est-ce possible?

maeinelli. Seulement, prince, n'oubliez pas ce que vous venez de me promettre... J'ai encore une fois votre parole.

le peince. Mais les dispositions sont pourtant...

maeinelli. Telles qu'elles pouvaient être. L'enlèvement est confié à des gens à qui je puis me fier. Le chemin est rude devant la palissade du parc. Une troupe y aura attaqué la voiture, comme pour la piller. Et une autre troupe, sous les ordres d'un de mes domestiques, se sera élancée du parc, comme pour venir au secours des gens assaillis. Pendant la mêlée que paraîtront engager les deux troupes, mon domestique doit saisir Emilia, comme pour la sauver, et l'apporter, à travers le parc, au château? Voilà ce que j'ai concerté... Qu'en dites-vous, prince?

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le prince. Vous me surprenez d'une étrange manière. Et une angoisse me saisit... {Marinelli va à la fenêtre.) Que voyez- vous?

marinelli. Ce doit être par là. Bien! Un homme masqué vient de franchir la palissade... sans doute pour m'avertir du succès... Eloignez-vous, monseigneur.

le prince. Ah! Marinelli...

marinelli. Eh bien, n'est-il pas vrai que maintenant j'en ai trop fait, comme auparavant j'en avais fait trop peu?

le prince. Non. Mais dans ceci je ne prévois pas tout ce que...

marinelli. Vous ne prévoyez pas?... Mais, bref... Hâtez-vous de vous éloigner, il ne faut pas que l'homme masqué vous aperçoive. {Le prince sort.)

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