‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 115 sur 138 · SCÈNE II MARINELLI, bientôt ANGELO · texte numérisé non relu

SCÈNE II MARINELLI, bientôt ANGELO

marinelli {revenant à la fenêtre). Voilà la voiture qui s'en retourne lentement à la ville... très lentement. Un domestique à chaque portière? Ce sont là des indices qui ne me plaisent pas : le coup n'aura réussi qu'à demi; on ramène commodément un blessé et non un mort. L'homme masqué met pied à terre... C'est Angelo lui-même. L'extravagant audacieux! Enfin, ici il connaît les détours. Il me fait un signe de tête. Il doit être sûr de son affaire. Ah! monsieur le comte, vous ne vouliez pas aller à Massa, et vous voilà parti pour un plus long voyage. Qui est-ce qui vous avait appris à si bien connaître les singes? {Allant à la 'porte.) Oui, certainement, ils sont malins... Eh bien, Angelo?

angelo {ôtant son masque). Préparez-vous, monsieur le chambellan! On va vous l'apporter.

. marinelli. Comment s'est passée la chose?

angelo. Très bien, je pense.

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maeinelli. Et comment va le comte?

angelo. Pour vous servir ! Comme ci, comme ça!... Il devait avoir eu vent de la chose. Car il n'a pas déjà été pris si à l'improviste.

maeinelli. Vite, l'essentiel... Est-il mort?

angelo. Cela me fait bien de la peine pour ce bon seigneur.

maeinelli. Cœur compatissant! (Il lui donne une bourse pleine d'or.)

angelo. Et mon brave Nicolo, qui y a fait le plongeon...

maeinelli. Ce sont les pertes des deux côtés ?

angelo. Je serais près de pleurer ce brave Nicolo, si ceci (il soupèse la bourse) ne corrigeait déjà sa mort pour un quart. Car, je suis son héritier, puisque je suis son vengeur. C'est notre loi, d'autant meilleure, à ce que je crois, qu'elle consacre la fidélité et l'amitié. Ce Nicolo, monsieur le chambellan...

maeinelli. Laisse donc ton Nicolo!... Le comte, le comte?...

angelo. Tonnerre ! Le comte lui a eu bientôt fait son affaire. Alors je fis aussi au comte la sienne! Il est tombé, et s'il est rentré vivant dans le carrosse, je vous garantis qu'il n'en ressortira pas en vie.

maeinelli. Pourvu que ce soit certain, Angelo.

angelo. Je veux perdre votre pratique, si cela n'est pas certain. Avez-vous quelque chose à ordonner? Car le chemin est très long, et nous voulons aujourd'hui même avoir passé la frontière.

maeinelli. Non, va ! .

angelo. Au cas de besoin... vous savez où l'on me trouve. Ce qu'un autre se ferait fort de faire, ne serait pas pour moi non plus sorcellerie. Et je suis moins cher qu'un autre. (Il sort.)

maeinelli. C'est bien ! Mais pourtant pas si bien déjà. Fi! Angelo, être avare de sa peine ! N'était-il pas au moins digne d'un second coup de feu? Et comme il doit peut-être maintenant souffrir, le pauvre comte! Fi ! Angelo ! Cela s'appelle pousser trop cruellement et

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gâter un coup de main... Mais il faut que le prince ne sache encore rien de cela... Il faut qu'il sente auparavant par lui-même combien cette mort lui est avantageuse... Cette mort !... Que ne donnerais-je pas pour en avoir l'assurance!

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