‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 127 sur 138 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Odoaedo GALOTTI, la comtesse ORSINA, MARINELLI

odoaedo. Pardonnez-moi, madame...

oesina. Je n'ai rien à pardonner ici, car je n'ai rien à y prendre mal... Adressez-vous à ce monsieur. (File lui montre Marinelli.)

maeinelli (à part, en V apercevant). Bon! c'est le vieux!...

odoaedo. Pardonnez, monsieur, à un père qui se

trouve dans le plus grand saisissement, d'entrer ainsi sans se faire annoncer.

oesixa. Un père? (File revient à lui.) Le père d'Emilia, sans doute... Ah! soyez le bienvenu!

odoaedo. Un domestique est venu à toute bride m'annoncer qu'ici près les miens étaient dans la détresse. J'y vole et j'apprendsjque le comte Appiani est blessé, qu'on le ramène à la ville, et que ma femme et ma fille se sont réfugiées au château. Où sont-elles, monsieur, où sont-elles?

zveaetxellt. Soyez tranquille, monsieur le colonel. Votre épouse et votre fille en ont été quittes pour la frayeur. Elles se trouvent bien toutes deux. Le prince est auprès d'elles; je vais à l'instant vous annoncer.

odoaedo. Pourquoi m'annoncer? pourquoi d'abord m'annoncer? -

maeixelli. A raison... à cause... à cause du prince. Vous savez, monsieur le colonel, quelle est votre position auprès du prince? Vous n'êtes pas avec lui sur un pied très amical. S'il s'est montré aussi gracieux pour votre épouse et votre fille... c'est que ce sont des femmes. Votre aspect imprévu lui en sera-t-il moins désagréable ?

odoaedo. Vous avez raison, monsieur, vous avez raison.

maeixelli. Mais, madame la comtesse... puis-je d'abord avoir l'honneur de vous accompagner jusqu'à votre voiture ?

oesixa. Non pas, non pas.

maeixelli. (Il la prend vivement par la main.) Permettez-moi de remplir mon devoir. . .

oesixa. Doucement!... Je vous en dispense, monsieur. Vos pareils prennent toujours les inspirations de la politesse pour leur propre devoir, afin de pouvoir ensuite négliger l'un aussi bien que l'autre.. Vous ferez mieux d'annoncer cet homme honorable : voilà votre devoir.

maeixelli. Oubliez-vous ce que le prince en personne vous a ordonné ?

orsina. Qu'il vienne et qu'il me l'ordonne encore une fois, je l'attends.

marinelli {bas, au colonel qu'il prend à part). Monsieur, je suis obligé de vous laisser avec une femme qui... dont... dont le cerveau... Vous me comprenez. Je vous dis cela, afin que vous sachiez quel fond vous aurez à faire sur ses discours... quelquefois si bizarres. Vous ferez mieux de ne pas entrer en conversation avec elle.

odoardo. Très bien... Hâtez-vous, monsieur.

Page 1