LE MISOGYNE
Le titre de cette comédie est assez bien inventé, le mot mysogyne, la contre-partie du mot misanthrope, est formé des vocables grecs : fu<roç yGv/j ; il est employé d'ailleurs, quoique rarement, dans notre langue.
L'intrigue n'est ici qu'un fil ténu qui ne doit qu'à la finesse du tact de l'auteur , de ne pas se rompre à
chaque instant. Il s'agit d'un mariage, de deux mariages même. Mais le chef de famille, — Arnolphe modifié, — de qui dépendent ces deux mariages, est arrivé à la vieillesse; de plus, il a eu trois femmes, oui, tout autant. Il a donc acquis une solide expérience, et il est devenu mysogyne jusqu'à la moelle des os. Cette haine de parti pris contre les femmes, lui inspire les meilleures boutades ; son caractère d'ailleurs est très habilement observé.
Les deux mariages pourtant réussiront, et leur réussite sera une conséquence du caractère de Wumshaeter, — appelons-le par son nom. Ils réussiront, le premier, par suite d'un travestissement de la fiancée qui, sous le costume d'homme, et moyennant force lardons contre le sexe féminin, sait conquérir la confiance du bonhomme; — le second, par suite d'une ruse d'avocat madré qui persuade au bonhomme de donner sa fille à son ennemi, pour faire pièce à cet ennemi qui est en même temps l'amoureux. Il faut lire à ce propos le discours de l'avocat, qui reste court dès les premiers mots et s'entortille à mesure dans les longues phrases qu'il avait méditées pour attendrir Wumshaeter. Son oraison vaut peut-être les plaidoyers célèbres de Racine dans les Plaideurs.
Le meilleur parti a été tiré pour te rire, de ce ridicule d'une originalité aussi plaisante que rare. Si nous avions à choisir dans l'œuvre théâtrale de Lessing, c'est à cette comédie que nous donnerions le priorité.