‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 31 sur 138 · SCÈNE IX NATHAN, le Templier · texte numérisé non relu

SCÈNE IX NATHAN, le Templier

xathax. Comment? C'est vous?

le templier. Vous avez été très longtemps retenu chez le Sultan.

nathan. Pas déjà si longtemps. J'avais été longtemps retenu en route... Ah! vraiment, Curd, cet homme vaut sa renommée. Sa renommée n'est qu'une ombre à côté de lui. Mais laissez-moi avant tout vous dire...

LE TEMPLIER. Quoi?

xathax. Qu'il veut vous parler, qu'il veut que. Bans délai, vous alliez le trouver. Accompagnez-moi seulement à la maison, où j'ai à m'oeçuper de quelque chose pour lui, puis nous y irons ensemble.

le templier. Nathan, je n'entrerai plus chez vous, avant que...

nathan. Ainsi vous y êtes allé déjà? Vous lui avez parlé?... Eh bien, comment vous plaît-elle !

le templiee. Au delà de toute expression! Mais... la revoir... Cela, jamais, jamais, jamais... à moins que vous ne me promettiez sur-le-champ que je pourrai la voir toujours. . . toujours.

nathan. Comment voulez-vous que j'entende cela?

le templier. (Après un court silence, il se jette à son cou.) Mon père !

nathan. Jeune homme !

le templiee (se retirant tout à coup). Pas : mon fils?... Je vous en supplie, Nathan.

nathan. Cher jeune homme !

le templiee. Pas : mon fils?... Je vous en supplie, Nathan!... Je vous en conjure par les premiers liens de la nature ! . . . Ne leur préférez pas des liens plus récents!... Contentez-vous d'être homme... ne me repoussez pas de vous !

nathan . Cher, cher ami ! . . .

le templiee. Pas : mon fils? Pas : mon fils?... Pas même, si la reconnaissance avait déjà, dans le cœur de votre fille, frayé la route à l'amour? Pas même, si nous n'attendions qu'un signe de vous, pour nous fondre en une seule âme?... Vous vous taisez?

nathan. Vous me surprenez, jeune chevalier.

le templiee. Je vous surprends?... Je vous surprends, Nathan, avec vos propres idées?.,. Vous ne les reconnaissez donc pas dans ma bouche?... Je vous surprends ?

nathan. Avant même que je sache lequel des Stauffen a été votre père !

le templiee. Que dites-vous, Nathan? Que ditesvous ? Dans ce moment vous n'éprouvez que de la curiosité ?

nathan. Car, voyez-vous ! J'ai moi-même autrefois bien connu un Stauffen qui se nommait Conrad.

le templiee. Eh bien? Si mon père avait porté ce nom?

nathan. Vraiment?

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le templiee. Je me nomme moi-même comme mon père : Curd, c'est Conrad.

nathan. Eh bien, mon Conrad n'était cependant pas votre père. Car mon Conrad était ce que vous êtes; i il était Templier, et jamais il ne fut marié.

le templiee. Oh! cependant.

nathan. Comment?

le templiee. Oh ! cependant, ce pourrait n'en être pas moins mon père.

nathan. Vous plaisantez?

le templiee. Et vous, vous y regardez de trop près... Et qu'importe donc ? Pour être enfant naturel ou bâtard, l'étoffe en est-elle plus méprisable?... Faites-moi grâce de mes preuves généalogiques, et je ne vous demanderai pas non plus les vôtres. Non pas que j'élève le moindre doute sur votre arbre généalogique. Dieu m'en garde ! Vous pourriez de branche en branche le faire remonter, jusqu'à Abraham; à partir de là, je le connais, je puis en jurer.

nathan. Vous devenez amer... Pourtant est-ce que je le mérite? ... Vous ai-je rien refusé?... Je n'ai pas voulu vous prendre au mot... Rien de plus.

le templiee. Serait-ce certain?... Rien de plus? Oh! alors pardonnez!...

nathan. Eh bien, venez, venez seulement.

le templiee. Où? Non!... Avec vous, chez vous?... il y brûle !... Je vous attendrai ici. Allez ; si je dois la revoir, je la reverrai encore assez souvent. Si je ne la dois pas revoir, je ne l'ai déjà que trop vue.

nathan. Je me hâterai le plus possible.

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