‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 47 sur 138 · SCÈNE VII Les peécédents, SALADIN · texte numérisé non relu

SCÈNE VII Les peécédents, SALADIN

saladen. Qu'y a-t-il, ma sœur?

sittah. Elle est au désespoir, Dieu !

salades'. Qui donc?

sittah. Tu sais bien...

saladen. La fille de notre Nathan? Qu'a-t-elle?

sittah. Reviens à toi, mon enfant !... Le sultan...

eécha (se traînant sur les genoux, jusqu'aux pieds de Saladin, la tête laissée jusqu'à terre). Je ne me relèverai point... je ne lèverai pas mes regards sur le sultan... je n'admirerai dans ses yeux, ni sur son front le reflet de la justice et de la bonté éternelles, avant que...

sittah. Lève-toi... lève-toi...

eécha. Avant qu'il m'ait promis...

saladln. Allons, je te le promets... que ce soit ce que ça voudra.

eécha. Rien de plus, rien de moins que de me laisser mon père, et de me laisser à lui... Je ne sais pas encore quel autre demande à être mon père... quel autre ose le demander. Je ne veux même pas le savoir. Mais n'y a-t-il que le sang qui fasse les pères, rien que le sang?

saladin. Je devine... Qui donc a été assez cruel pour te mettre, à toi, de pareilles choses en tête? Est-ce donc déjà une chose accomplie, démontrée?

eécha. Il le faut bien ! Daya le tient de ma nourrice.

saladin. De ta nourrice?

eécha. Qui, en mourant, s'est crue obligée de le lui confier.

saladin. En mourant ! ... Ne délirait-elle point déjà ?. . . Et cela fût-il vrai! Eh bien, ce n'est pas le sang, t. s'en faut, pas le sang seulement qui fait les pères ! A peine fait-il les pères chez les animaux ! Au plus donn t-il le droit de transmettre son nom ! . . . Ne te laisse

donc pas aller au chagrin.... Écoute : aussitôt que les deux pères viendront se disputer ta possession... laisseles tous deux. Prends-en un troisième... prends-moi pour ton père !

sittah. Oh ! fais cela, fais cela.

saladin. Je serai un bon père, un excellent père!... Mais attends, il me vient encore à l'esprit quelque chose de meilleur... Quel besoin as-tu d'un père? Si la mort te l'enlevait ? Le temps est venu de chercher celui qui doit vivre avec nous du même pas... N'en connais-tu aucun?..,

sittah. Ne la fais pas rougir.

saladin. Au contraire, c'est ce que je me proposais. Si la rougeur embellit tant les laides, ne fait-elle pas plus belles encore les belles ?... J'ai mandé ici ton père Nathan et quelqu'un d'autre aussi... Devines-tu?... Ici, tu me le permettras, Sittah?

sittah. Frère!...

saladin. Et c'est devant lui que tu vas avoir beaucoup à rougir, chère enfant.

récha. A rougir, devant qui?

saladin. Petite hypocrite ! Aimerais-tu mieux pâlir ?. . . Ce sera comme tu voudras, ou comme tu pourras ! {Une esclave entre et s'approche de Sittah.) Ne sont-ils pas déjà là peut-être?

sittah. C'est bien, fais-les entrer. — Ce sont eux, frère.

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