‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 48 sur 138 · SCÈNE DERNIÈRE NATHAN, le Templier, les précédents · texte numérisé non relu

SCÈNE DERNIÈRE NATHAN, le Templier, les précédents

saladin. Ah! mes chers et bons amis!... Toi, Nathan, il faut que je te dise avant tout qu'à présent tu peux, aussitôt que tu le voudras, envoyer reprendre ton argent...

nathan. Sultan!...

saladin. J'en ai même à ton service...

^aïhan. Sultan!...

salabix. La caravane est là. Me voilà redevenu plus riche que je ne l'ai été depuis longtemps... Allons, dismoi ce dont tu aurais besoin, pour entreprendre quelque affaire considérable. Car vous aussi, vous aussi négociants, vous ne pouvez jamais avoir assez d'argent comptant.

xathax. Et pourquoi d'abord parler de ces misères ?. . . Je vois ià des yeux pleins de larmes, qu'il m'est plus important de sécher. (Il s'approche de Bêcha.) Tu as pleuré V Qu'as-tu?... Tu es pourtant encore ma fille?

bêcha. Mon père!...

xathax. Nous nous entendons.' Cela suffit... rassuretoi, calme- toi! Pourvu que ton cœur soit encore à toi, pourvu que ton cœur ne redoute aucune autre perte... ton père n'est pas perdu pour toi.

bêcha. Aucune autre, aucune autre...

le tempudbb. Aucune autre?... Alors, je me suis trompé. Ce que l'on ne craint pas de perdre, on n'a jamais cru, ni désiré le posséder. . . Très bien ! Très bien ! . . . Cela change tout, Nathan, cela change tout... baladin, nous sommes venus sur ton ordre. Mais je t'avais trompé; maintenant ne te mets plus en peine de rien.

salad ix. Encore cette vivacité, jeune homme !.. . Fautil donc que tout aille au devant de tes désirs et les prévienne ?

le TE31PLIEK. Mais tu entends, tu vois, sultan!

salalix. Oui, vraiment... 11 est assez fâcheux que tu n'aies pas été plus sur de ton t'ait.

le TEMPiiiEB. A présent, j'en suis sûr.

saladix. Qui se targue ainsi d'un bienfait, l'annule. Celle que tu as sauvée, n'est pas devenue pour cela ta propriété. Autrement, il serait un héros tout aussi grand que toi, le bandit que sa rapacité jette dans le l'eu. {Il s'approche de Recha et V amène au Templier, i Viens, chère enfant, viens; n'y regarde pas de si près avec lui : car, s'il était autrement, s'il était moins tiôr et moins impétueux, il ne t'aurait pas sauvée. C< pense l'un par l'autre... Viens, fais-le rougir, fais cj

qu'il lui appartenait de faire ! Déclare-lui ton amour ! Donne-toi à lui. Et s'il te repousse, s'il oublie jamais combien tu auras plus fait pour lui par cette démarche, qu'il n'a fait pour toi; — qu'a-t-il donc fait pour toi ? Il a avalé un peu de fumée? C'est bien vrai ! — c'est qu'il n'a rien de mon frère, de mon Assad ! C'est qu'il porte son masque, mais n'a point son cœur. Viens, chère...

sittah. Va, va, mon amour, va! Pour ta reconnaissance, ce sera encore peu, ou même rien.

nathan. Arrête, Saladin! arrête, Sittah!

saladin. Toi aussi?

nathan. Il y a encore à consulter...

saladin. Qui le nie? Sans contredit, Nathan, un tel père adoptif doit être entendu ; avant tout autre, si tu veux... Tu vois que je connais où en sont les choses.

nathan. Pas encore tout à fait!... Ce n'est pas de moi que je parle; c'est une autre personne, une tout autre personne que moi, que je demande à faire consulter, Saladin.

saladin. Qui? -

nathan. Son frère.

saladin. Le frère de Récha?

NATHAN. Oui.

récha. Mon frère? J'ai donc un frère?

le templiee {sortant tout à coup de sa distraction silencieuse et farouche. ,)Où est-il, ce frère? Pas encore ici? C'est ici cependant que je devais le trouver.

nathan. Patience!

le templier ( avec une extrême amertume). Il lui a trouvé un père... ne va-t-il pas lui inventer un frère?

saladin. Il ne manquait que cela! chrétien! Un soupçon si bas ne serait point sorti des lèvres d' Assad. Allons, continue.

nathan. Pardonne lui!... Je lui pardonne volontiers... Qui sait ce qu'à sa place, à son âge, nous aurions pensé?... Rapprochant de lui avec amitié.) C'est naturel, chevalier... le soupçon suit la méfiance... mais si vous aviez daigné sur-le-champ me dire votre vrai nom..,

15î NATHAN LE SAGE

le templier. Comment?

nathàn. Vous n'êtes pas un Stauffen.

le templier. Que suis-je donc?

nathax. Vous ne vous appelez pas Curd de Stauffen.

le templier. Comment est-ce que je m'appelle clone?

nathan. Vous vous appelez Leu de Filneck.

le templier. Comment?

nathan. "Vous êtes interdit?

le templier. A bon droit ! Qui dit cela?

nathan. Moi, qui puis encore vous en dire davantage, bien davantage. Je ne vous accuse cependant pas de mensonge.

LE TEMPLIEE. Ah!

nathan. Il se peut que l'autre nom vous appartienne aussi.

le templier . Je dois le croire ! — (Dieu le fait-il parler?)

nathan. Car votre mère... était une Stauffen. Son père, votre oncle, vous a élevé, et vos parents vous ont confié à lui en Allemagne, quand, éprouvés là-bas par le rude climat, ils revinrent dans ce pays... Votre oncle s'appelait Curd de Stauffen, il vous a peut-être adopté pour fils... Y a-t-il longtemps que vous vîntes ici avec lui? Vit-il encore?

le templlee. Que dire?... Nathan!... Tout cela est exact. Il est mort : je vins ici avec le dernier renfort de notre Ordre... Mais, mais... quel rapport tout cela a-t-il avec le frère de Récha ?

nathan. Votre père...

le templier. Comment? Vous l'avez aussi connu, lui?

nathan. Il était mon ami.

le templier. Il était votre ami ! Est-ce possible, Nathan ?

nathan. Il se nommait TVolf de Filneck, mais il n'était pas Allemand...

le templier. Vous savez cela aufi

nathan. Il avait épousé une Allemande, et n'avait accompagné votre mère que peu de temps en Allemagne...

le templier. Assez, je vous en supplie!... Le frère de Récha? Le frère de Récha?

NATHAN. C'est VOUS.

le templier. Moi? Moi, son frère?

récha. Lui, mon frère?

sittah. Frère et sœur !

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