‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 52 sur 138 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

La salle d'une auberge

Sie WILLIAM SAMPSON, WAITWELL,

entrant en babils de voyage.

sie William. C'est ici qu'est ma fille? Ici, dans cette misérable auberge?

waitwell. C'est que sans doute il a eu soin de choisir la plus misérable de toutes celles de cette petite ville, pour son repaire. La canaille cherche toujours l'ombre, parce que c'est la canaille. Mais à quoi cela lui servirait-il, quand même elle pourrait se cacher du monde entier? Le remords est plus fort que le blâme de l'univers. Ah! voilà que vous pleurez, que vous pleurez de nouveau, sir!... sir!

sie William. Laisse-moi pleurer, mon vieux et brave serviteur. Ou ne serait-elle plus digne de mes larmes?

waitwell. Si ! Elle est digne de vos larmes, fussentelles des larmes de sang.

160 MISS SARA SAMPSOX

sie William. Alors, laisse-moi pleurer.

avait well. Faut-il que l'enfant la meilleure, la plus belle, la plus innocente, qui fut sous le soleil, se soit laissé entraîner ! Ah ! ma petite Sara, ma petite Sara ! Je t'ai vu grandir : cent fois, je t'ai portée enfant sur ces bras ; sur ces bras où ton sourire, ton bégaiement me charmaient. Chacune de tes mines enfantines me révélait l'aurore, d'une intelligence, d'une affabilité, d'une...

snt William. Oh! tais-toi. Les faits ne déchirent-ils pas assez déjà mon cœur? Veux-tu par le souvenir du bonheur enfui, rendre encore plus infernal mon tourment? Kends-moi le service de changer de langage. Blâme-moi, fais-moi un crime de ma tendresse, grossis la faute de ma fille, pousse-moi autant que possible à l'aversion pour elle, enflamme encore davantage ma fureur contre son maudit ravisseur ; dis-moi que Sara n'a jamais été vertueuse, sans quoi elle n'aurait pas si facilement cessé de l'être ; dis-moi qu'elle ne m'a jamais aimé, sans quoi elle ne m'aurait pas clandestinement abandonné.

waitwell. Dire cela, ce serait mentir; mentir effrontément et odieusement. Le remords de ce mensonge me torturerait à mon lit de mort, et je mourrais désespéré comme un vieux scélérat. Non ; la petite Sara a aimé son père, et certes, certes, elle l'aime encore. Si vous vouliez en être convaincu, sir, je la re verrais aujourd'hui même dans vos bras.

sie William. Oui, Waitwell, je ne demande qu'à en être convaincu. Je ne puis pas me passer d'elle plus longtemps : elle est le soutien de ma vieillesse, et si elle n'aide à adoucir le triste reste de mes jours, qui donc le fera? Si elle m'aime encore, sa faute est oubliée. C'a été la faute d'une jeune fille sensible, et sa fuite, c'est la preuve de son repentir. De telles fautes valent mieux que des vertus forcées... Mais, je le sens. Waitwell, je le sens : quand même ces fautes seraient de vrais crimes, quand elles seraient l'effet prémédité du vice ; ah! je lui pardonnerais encore. J'aimerais mieux être

aimé par une fille vicieuse, que de ne l'être par aucune. waitwell. Séchez vos larmes, cher sir! J'entends quelqu'un. C'est sans doute l'aubergiste qui vient nous recevoir.

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