‹ Théâtre complet de G. E. Lessing (volume 2)Chapitre 80 sur 138 · SCÈNE V MAKWOOD · texte numérisé non relu

SCÈNE V MAKWOOD

mabwood (regardant autour (Telle). Suis-je seule?... Puis-je enfin, sans être aperçue, reprendre haleine et remettre les muscles de mon visage dans leur état naturel?... Soyons vite une bonne fois la vraie Manvood, avec toute sa physionomie , afin de pouvoir subir de nouveau la contrainte de mon déguisement. Que je te hais, maudit déguisement! Non pas que j'aime la sincérité, mais parce que tu es le plus misérable refuge d'un impuissant désir de vengeance. Sans doute, je ne me serais pas abaissée jusque-là, si un tyran m'avait prêté sa puissance, ou le Ciel son tonnerre... Mais pourvu que tu me mènes à mon but!... Le commencement promet, et Mellefont paraît se rassurer. Si la ruse me réussit pour arriver à parler, en tête à tête , à sa Sara... Alors... Oui, mais pourtant il est encore très incertain que cela me serve à rien. La vérité sur Mellefont n'aura peut-être pour elle rien de nouveau ; la calomnie, elle n'y croira peut-être pas; et les menaces, elle les méprisera peut-être. Mais pourtant, vérité, calomnie et menaces, je lui ferai tout entendre. Il serait bien dommage de ne pas laisser d'aiguillon dans son âme... Silence, on vient. Je ne suis plus Marwood, je ne suis qu'une misérable abandonnée qui tente, par un petit artifice, d'éloigner d'elle la honte; qu'un serpent

foulé aux pieds qui se tortille en tous sens, pour arriver au moins à mordre le talon qui l'écrase.

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