SCÈNE IX Sir W. SAMPSON, WAITWELL, SARA
sir William. Tu restes trop longtemps. Il faut que je la voie.
sara. Cette voix...
sie william. Ah ! ma fille !
saea. Ah! mon père!... Aide-moi, Waitwell, aidemoi à me jeter à ses pieds. {Elle veut se lever, et retombe de faiblesse dans le fauteuil.) C'est donc lui, ou ne serait-ce qu'une bienfaisante apparition, un ange envoyé par le Ciel, pour grandir mes forces ?.. . Qui que tu sois, bénis-moi, messager du Très-Haut, imag'e de mon père, ou mon père lui-même.
sir william. Que Dieu te bénisse, ma fille!... {Elle cherche encore une fois à se jeter à ses pieds.) Reste calme... Une autre fois, quand tu auras plus de forces, je ne te verrai pas sans plaisir embrasser mes genoux tremblants.
sara. Maintenant ou jamais. Bientôt je n'existerai plus. Trop heureuse si je gagne encore quelques instants pour vous découvrir les sentiments de mon cœur. Ce ne sont pas quelques instants , ce sont de longs jours, c'est toute une nouvelle vie qu'il me faudrait pour vous dire tout ce qu'une fille coupable, repentante, châtiée, peut dire à un père outragé, mais généreux et aimant. Ma faute, votre pardon...
sir william. Ne te fais de ta faiblesse aucun reproche,- et ne me fais de ma faute aucun mérite. Si tu
songes à mon mérite, songe aussi que j'ai tardé. Pourquoi ne t'ai-je pas sur-le-champ pardonné? Pourquoi t'ai- je mise dans la nécessité de me fuir? Et aujourd'hui encore, quand déjà je t'avais pardonné, pourquoi me suis-je contraint à attendre d'abord de toi une réponse? À présent je pourrais depuis tout un jour te posséder, si j'avais couru sans délai te serrer dans mes bras. A-t-il fallu qu'il restât dans un des plus secrets replis de mon cœur un mauvais vouloir inavoué, qui me fît désirer être sûr que tu m'aimais encore, avant de te rendre mon amour? Faut-il qu'un père agisse avec tant de vanité? Blâme-moi, très chère Sara, blâme-moi; j'ai plus considéré la joie de te ravoir, que toi-même... Et si j'allais la perdre, cette joie !... Mais qui donc dit que je vais la perdre, cette joie ? Tu vivras, tu vivras encore longtemps. Éloigne de toi toutes ces sombres pensées. Mellefont a grossi ton danger. Il a mis toute la maison en émoi, et a couru lui-même rassembler des médecins ; il n'en trouvera peut-être pas dans ce misérable lieu. J'ai vu sa violente anxiété, son trouble désespéré, sans, être vu de lui. Maintenant je sais qu'il t'aime sincèrement, et je te donne à lui. Je vais l'attendre ici, Bt placer ta main dans sa main. Ce que je n'aurais fait que par contrainte, à présent je le fais de tout cœur, parce que je vois combien tu lui es chère... Est-il vrai que ce soitMarwood qui t'ait causé cette frayeur? C'est tout ce que j'ai pu comprendre aux gémissements de ta Betty... Mais qu'ai-je à faire de m'occuper des causes de ton indisposition, quand je ne devrais songer qu'aux moyens de la faire cesser ! Je vois que d'instant en instant, tu t'affaiblis davantage, je le vois, et je reste là, sans te porter secours. Que faire, Waitwell? Où courir? Quel remède trouver? Ma fortune? Ma vie? Parle donc !
sara. Bon père, tout secours serait inutile ; même le plus inappréciable, celui que vous voudriez me procurer au prix de votre propre vie.