SCÈNE II CONTI, le peince
le peince. Bonjour, Conti, comment allez- vous? Comment va l'art?
conti. Prince, l'art court après son pain.
le peince. Cela ne doit pas être, non, assurément, cela ne doit pas être... dans mes petits États. — Mais il faut aussi que l'artiste veuille travailler.
EMILIA GALOTTl 2;i7
conti. Travailler? C'est sa joie. Seulement , pour beaucoup travailler, faut-il renier le nom d'artiste.
le prince. Je ne veux pas dire tant travailler, mais beaucoup : c'est à dire un peu, mais avec zèle. Vous ne venez pas à vide, Conti?
conti. J'apporte le portrait que vous m'avez commandé, monseigneur. J'en apporte aussi un autre que vous ne m'avez pas demandé, mais qui vaut la peine d'être vu.
le prince. Le premier est?... Je puis à peine m'en souvenir. . .
conti. Celui de la comtesse Orsina.
le prince. Vrai?... La commande date d'un peu loin.
conti. Nos belles dames ne sont pas tous les jours à la disposition du peintre. La comtesse même, depuis trois mois, n'a pu se déterminer à poser qu'une seule fois.
le prince. Où sont les tableaux?
conti. Dans l'antichambre ; je vais les chercher.