‹ Théâtre complet de G. E. LessingChapitre 10 sur 114 · UN TAILLEUR · texte numérisé non relu

UN TAILLEUR

Lisette. Mademoiselle, je vous amène deux personnes que vous avez envoyé chercher : M. le tailleur et M. le poète.

ohldinn. (Au poète.) Soyez le bienvenu, maître tailleur! (Au tailleur.) Un instant de patience, mon cher monsieur le poète, que je termine d'abord avec lui.

creusel. Quoi! m'appeler tailleur? A quoi pensezvous? Ciel, quelle injure ! Prendre un poète couronné pour un tailleur !

le tailleur. Et quoi? Prendre un honnête citoyen et un maître pour un poète? Pour un tel fainéant?

lisette. Doucement, messieurs, doucement. Elle ne vous connaît pas encore.

creusel. Comment? Moi, un tailleur?

le tailleur. Comment? Moi, un poète?

creusel. Faites-lui faire votre poésie, s'il le peut. Adieu.

le tailleur. Faites-lui faire vos vêtements, s'il le peut. Adieu.

lisette. Attendez donc. Est-ce qu'on s'irrite si vite d'une méprise ? Vous êtes tous deux de braves et honnêtes gens, dont on ne peut se passer.

creusel. Un homme qui, jour et nuit, est en commerce avec les divines Muses, l'appeler tailleur? Cela ne se supporte pas : laissez-moi m'en aller. (Il sort.)

le tailleur. Un homme qui a habillé des personnes princières, se laisserait outrager du nom de poète? J'entends ma profession. Il n'y a personne qui puisse

m'en remontrer. Et je n'endurerai certes pas non plus cette injure. Nous verrons, nous verrons. (Il sort.)

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