‹ Théâtre complet de G. E. LessingChapitre 13 sur 114 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

LISETTE, PETER velu d'an vieil uniforme, avec une jambe de bois et une moustacbe

pétee. Ne cours donc pas ainsi, Lisette. Je ne puis pas te suivre. Je ne suis pas encore habitué à la jambe.

lisette. Ah! quel incomparable capitaine! Je voudrais avoir un homme comme ça.

pétee. Tu n'es pas bête. Je crois qu'il y aurait beaucoup de femmes de ton goût. Et je craindrais, je craindrais, tant je me suis déguisé, que ta demoiselle n'en devînt que plus profondément avide de la possession réelle d'un homme, et qu'en dépit de votre ruse elle ne voulût me garder.

lisette. Il faudrait qu'elle fût enragée.

pétee. En tous cas les rages de ce genre, chez les vieilles filles, n'ont-elles rien d'extraordinaire, ni de nouveau. Agis prudemment, je te le dis, afin qu'elle ne me saute pas à la gorge. J'ai déjà un démon au logis. Si cet autre y venait aussi, mon enfer serait complet.

lisette. N'aie pas de souci. Lélio fera, comme si cette alliance lui était très agréable, afin de la mieux rassurer. Certes, si tu parles. et agis, comme nous te l'avons recommandé, et que je place çà et là mon éloquence, il faudra que le démon du mariage soit entré tout vif en elle, pour qu'elle n'éprouve pas une franche aversion à ton endroit. Je lui ai déjà annoncé M. le

capitaine de Schlag en ta personne, et elle se trouvera bientôt ici.

péter. Mais, Lisette, Lisette. Ceci me trotte violemment dans la cervelle. Pourvu que je ne sois pas reçu de cette femme-ci, comme de l'autre, à soufflets.

lisette. Laisse donc. Le tout est de t'en tirer assez adroitement. Voyons un peu. Comment veux-tu jouer ton rôle? Imagine-toi un instant que je suis mademoiselle...

péter. Mais tu ne l'es pas.

lisette. Eh bien, imagine-le toi seulement.

péter. Si cela suffit de me l'imaginer, alors imaginetoi aussi comme je vais faire.

Page 1