‹ Théâtre complet de G. E. LessingChapitre 22 sur 114 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

Mademoiselle OHLDINN, LÉLIO, LISETTE, de SCHLAG, ORONTE, femme ORONTE

lélio. Arrêtez, monsieur le capitaine, cela s'est passé sur mon instigation. Votre mariage me fait du tort. Et pouvez-vous me blâmer d'avoir essayé par tous moyens de le rompre?

de schlag. Il me serait pénible de vous faire du tort. Non, Lélio, si vous ne voulez pas être contraire à mon dessein...

oeonte. Ah! en quoi peut-il vous être contraire, si elle veut? Et elle veut.

femme oeonte. En vérité, mademoiselle Ohldinn, pourquoi vous soucierirez-vous d'un homme qui a pu vous jouer un tel tour?

lélio. Vraiment, madame, qui donc était-ce, qui me promettait tout à l'heure d'y employer aussi tous les moyens possibles?

femme obonte. C'est que tout à l'heure je m'étais brouillé avec mon mari...

lélio. Et que maintenant...

femme obonte. Nous sommes réconciliés. Il faut qu'un couple d'honnêtes époux se chamaille et se raccommode cent fois le jour.

lélio. Mademoiselle ma cousine, plutôt que de consentir à votye mariage, je vous demande pour moimême votre main. Car je crois avoir sur vous des droits plus prochains.

ohldinn. Quoi?

LISETTE. Quoi?

ohldinn. Voilà une fantaisie que vous auriez pu avoir plus tôt. Il y a plus de dix ans que nous habitons la même maison.

de schlag. {Prenant Lélio à part.) Un mot en confidence. Pourquoi ne voulez-vous pas me laisser participer à sa fortune? Il y en aura, je crois, assez pour nous deux. Comme mari, j'en aurai le maniement. Et je vous promets que vous recevrez plus de moi que d'elle. Oui, je vous promets de même, à sa mort, de n'élever aucunes prétentions sur son héritage. Mes dettes me forcent à cette démarche, dont j'aurais d'ailleurs bien voulu me dispenser. Ne me résistez pas plus longtemps, nous pouvons vivre en amis durables.

ohldlnn. Pourrait-on entendre ce que vous vous dites en confidence?

lélio. Oh! rien. M. le capitaine me faisait sentir le tort que j'aurais de vouloir être plus longtemps contraire à votre bonheur. Je consens à tout.

ohldinn. Oh! vous êtes donc encore un homme d'honneur ! Et je vous assure que votre consentement ne va pas peu contribuer au plaisir que j'aurai à donner ma main à M. le capitaine.

de schlag. Vous faites notre bonheur, Lélio.

Lisette. (A voix basse.) Mais, monsieur Lélio !

lélio. (A voix lasse.) Laisse, Lisette; nous avons d'abord fait dans le coin nos conventions.

ohldinn. Lisette, j'ai un mot à te dire. Tu n'es plus à mon service. Va-t'en où tu voudras. Ça je sais bien que c'est de toi que viennent toutes ces farces, et que c'est toi seule qui égares mon cousin.

lisette. Moi?...

de sghlag. Oh ! Ma très chère mademoiselle, grâce pour la pauvre fille ! Continuez à la garder.

ohldlnn. Non, non, qu'elle parte! qu'elle parte!

de schlag-. Faites-moi ce premier plaisjr.

ohldinn. Non, non, cela ne convient pas, cela ne convient pas.

de schlag. Ah! cela convient très bien, chez des gens de noblesse comme nous.

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