‹ Théâtre complet de G. E. LessingChapitre 30 sur 114 · SCÈNE VII La jeune fille, le voyageur, le baron · texte numérisé non relu

SCÈNE VII La jeune fille, le voyageur, le baron

la jeune fille. Ah! papa...

le baron. Eh bien ! eh bien ! petite sauvage , petite sauvage ! Pourquoi t'es-tu sauvée devant moi ? Qu'estce que cela veut dire?

la jeune fille. Ce n'est pas devant vous que je me suis sauvée, papa, mais devant votre réprimande.

le baron. La distinction est très subtile. Mais qu'y avait-il donc qui méritât ma réprimande?

la jeune fille. Oh! vous allez le savoir. C'est que j'étais avec le monsieur...

le baron. Tu aurais bien dû sentir que ce monsieur est une exception. Je souhaiterais qu'il pût t'endurer... Je verrais avec plaisir que tu fusses même constamment auprès de lui.

la jeune fille. Ah! c'était bien pour la première et la dernière fois. Son domestique fait ses paquets... Et c'est là précisément ce que je venais vous dire.

le baron. Quoi? Qui? Son domestique?

le voyageue. Oui, monsieur, sur mou ordre. Mes affaires et la crainte de vous importuner...

le baron. Que dois-je penser? N'aurai-je pas le bonheur de vous montrer de plus près que vous n'avez pas obligé un ingrat? Oh ! je vous en prie, à votre premier bienfait joignez-en un autre, qui me sera tout aussi précieux que la conservation de ma vie; restez quelque temps... au moins un jour chez moi; je me reprocherais éternellement d'avoir laissé s'éloigner de moi un homme comme vous, sans l'avoir connu, honoré, récompensé, si d'ailleurs c'est en mon pouvoir. J'ai fait inviter pour aujourd'hui quelques-uns de mes parents, pour leur faire partager ma joie, et leur procurer le bonheur de faire la connaissance de mon sauveur.

le voyageur. Monsieur, il faut nécessairement...

la jeune fille. Restez, monsieur, restez. Je cours dire à votre domestique qu'il défasse les paquets. Mais le voici.

Page 1